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Suite à la publication des résultats de Relyens (ex-groupe Sham), son directeur général Dominique Godet revient sur l'exercice 2018 et évoque ses ambitions stratégiques tant en France qu'en Europe.
Quel est votre bilan 2018 ?
Relyens enregistre un montant de 847 M€ de primes collectées en 2018 (dont 340 M€ en IARD et 507 M€ en assurance de personnes), en hausse de 19 M€ par rapport à 2017. Le chiffre d’affaires du groupe atteint 456 M€, soit une augmentation de 17 M€ sur un an. Le résultat net quant à lui s’établit à 16 M€. Un résultat de bon niveau, en retrait après une année 2017 fortement bénéficiaire, qui témoigne une nouvelle fois de la confiance de nos clients et de la pertinence de notre approche.
L’activité d’investissement de Sham, société de tête du groupe Relyens, enregistre cette année encore une excellente performance avec un résultat financier de 51,3 M€. Malgré tout, le niveau de sinistralité demeure élevé en 2018, à 362 M€ (vs 361,7 M€ en 2017), confirmant la tendance inflationniste du coût des indemnisations depuis 2011.
Les fonds propres atteignent le montant de 342,2 M€ (vs 322,5 M€ en 2017). Toujours nettement supérieur aux exigences réglementaires, le ratio de solvabilité s’élève à 170 % au 31 décembre 2018, stable par rapport à 2017.
Quels sont les objectifs de Relyens ?
Aujourd’hui, les environnements évoluent, la lecture des enjeux de santé publique se fait à l’échelle d’un territoire et ces deux marchés qui ont toujours été fortement connectés tendent à devenir un seul et même terrain stratégique avec des interactions de plus en plus fortes entre les acteurs.
Avec notre projet d’entreprise porté par Relyens, nous affirmons notre positionnement unique à l’intersection des environnements de la santé et des territoires qui nous permet de bien comprendre et accompagner leurs évolutions et de délivrer notre mission au service de l’intérêt général.
Notre ambition est d’être reconnu en 2021 comme l’acteur de référence en management et couverture des risques dans chacun de nos pays d’implantation, sur notre terrain stratégique et dans les lignes d’activité que nous avons choisies. Nous apportons une réponse différente à nos clients qui se traduit concrètement pour eux selon trois dimensions :
Que représente la RC médicale dans votre activité ?
La répartition des risques a beaucoup évolué depuis 2010. Nous avions pour objectif de réduire notre sensibilité au risque particulier qu’est la responsabilité civile médicale, qui représentait à l’époque plus de 80 % des primes collectées. Objectif atteint, puisqu’il ne représente plus que 36 % aujourd’hui.
Nous avons désormais un portefeuille d’activités plus diversifié, équilibré, avec un tiers en responsabilité civile médicale, un peu moins de deux tiers en assurance de personnes et le reste réparti entre dommages aux biens, flottes automobiles et protection juridique.
Toutefois, cette répartition va encore évoluer, en lien avec notre développement hors de France qui se fait essentiellement sur du risque RC. La part de la RCM va donc augmenter à nouveau mais elle se partagera entre nos différents pays d’implantation : France, Espagne, Italie, Allemagne.
Souhaitez-vous encore vous diversifier ? Sur quels segments ?
Ces dix dernières années, notre développement s’est fait au travers d’un schéma de diversification de nos activités, de nos risques et de nos implantations géographiques. Nous sommes toujours à l’écoute des opportunités mais notre priorité est aujourd’hui de consolider nos positions actuelles et nos implantations, de bien délivrer nos offres, de tenir nos engagements auprès de nos clients et sociétaires qui nous font confiance.
Nous nous concentrons donc aujourd’hui sur notre terrain stratégique qui est double, la santé et les territoires, et sur lequel les interactions sont de plus en plus fortes. Nous y occupons une position unique avec nos lignes d’activités historiques au sein du groupe, le risque médical et la protection sociale.
Comment se ventile l’activité entre professionnels et établissements de santé ?
Environ 85 % des primes RC en 2018 proviennent de l’assurance d’établissements de santé et 15 % de professionnels (chiffres Europe).
Quelle part de l’activité à l’international ? Pour quels résultats et avec quelles ambitions ?
En Europe, la part de notre activité en RC représente 13 % des primes collectées du groupe soit 110,1 M€ (23 % en France soit 194,8 M€).
Nous souhaitons nous installer durablement et consolider nos positions pour passer de la start-up qui entre sur le marché à l’entreprise établie et bien intégrée dans son environnement. En Espagne et en Italie, la croissance est rapide. Nous accompagnons les établissements de santé publics, privés, et aussi des professionnels de santé. Nous avons de très belles réussites commerciales en Espagne avec une présence auprès de trois des plus importants services publics espagnols : Catalogne, Madrid, Pays basque et en Italie avec, entre autres, quatre programmes régionaux dans notre portefeuille clients : Frioul, Vénétie, Val d’Aoste et Piémont. Notre offre de valeur séduit et nous permet de nous positionner comme le principal assureur en Espagne et en Italie du Nord.
L’Allemagne est un marché différent. Nous avons un enjeu de transformation du marché qui est important et qui requiert du temps pour bien développer nos activités.
Entendez-vous recourir à la croissance externe ?
Relyens est un groupe solide financièrement, solvable, ainsi que les indicateurs le confirment (ratio de solvabilité de 170 %, fonds propres de 342,2 M€). Nous évoluons dans un environnement qui change en permanence et nous sommes nous-même en pleine évolution. Nous sommes souvent en questionnement et nous restons à l’écoute des opportunités mais notre priorité est le développement du groupe en Europe.
Comment se porte votre activité de courtage et celle des services ?
Relyens, au travers de Sofaxis, maintient sa position de courtier leader sur le risque statutaire et enregistre une forte croissance en prévoyance collective. Avec les partenariats Fonpel et Préfon sur la partie retraite, nous disposons d’une offre complète en protection sociale. Nous collectons 406,5 M€ de primes pour un chiffre d’affaires de 54,1 M€ sur le marché des acteurs territoriaux. Dans les services, avec un chiffre d’affaires de 13,2 M€, nous enregistrons de belles réussites dans les établissements publics avec une dizaine de GHT accompagnés pour leurs projets médicaux partagés et l’accompagnement à la labellisation des établissements sanitaires et médico-sociaux de la MGEN (trente établissements répartis sur toute la France : Ehpad, SSR, centre médico-dentaire).
Où en est le différend avec l’Oniam ?
Le Conseil d’Etat a rendu une décision le 25 mars dernier qui vient confirmer ce que nous avions toujours soutenu, à savoir que la contestation du titre de recette devant les tribunaux suspend la procédure de recouvrement. Elle conduit dès lors à s’interroger sur l’opportunité et l’efficacité de cette nouvelle procédure de recouvrement qui, en pratique, a pour effet de multiplier les contentieux.
Quel est l’état de santé du secteur ?
S’agissant de la santé, nous nous préparons à une crise de la responsabilité civile médicale en France. Notre position historique et très en proximité avec les acteurs de la santé en France nous permet de suivre, depuis plusieurs années, l’évolution du marché. Les réclamations augmentent, tout comme les coûts moyens, alors que les prix baissent. La sinistralité a augmenté de manière significative et le coût du risque médical s’est fortement dégradé. A charge donc pour nous d’être très rigoureux sur la surveillance du risque et sur la souscription.
Sur le marché des acteurs territoriaux, de grandes réformes viennent également bouger les équilibres, c’est un marché en transformation qui nous impacte de manière directe. A charge pour nous de bien décoder, bien comprendre, bien accompagner nos clients pour maintenir nos positions.
Avez-vous des interrogations vis-à-vis des acteurs en LPS opérant sur vos deux marchés de la RCM et du risque statutaire ?
L’exemple actuel de l’assurance construction doit nécessairement interroger les dirigeants hospitaliers lors du choix de leur assurance et de leur assureur.
Au cours des dix derniers mois, plusieurs assureurs opérant en France sur le marché de l’assurance construction en libre prestation de services (LPS), comme certains des assureurs dans le domaine de la responsabilité civile médicale, se sont déclarés en faillite. Selon la FFA, entre 20 000 et 30 000 contrats en assurance dommages-ouvrage et 60 000 à 70 000 contrats en assurance responsabilité civile ou décennale ne seraient ainsi plus couverts. Il existe un risque fort pour les dix ans à venir de sinistres non indemnisés et donc de défaillance pour des entreprises du BTP.
Des inquiétudes se font jour sur les risques statutaires où les assureurs en LPS font désormais l’objet d’une surveillance accrue de la part de l’ACPR. Cette situation a déjà caractérisé le marché de la RC médicale en France dans le passé avec des assureurs étrangers quittant le marché français. Elle doit rappeler à chacun que ce risque est un risque de très long terme, sur plusieurs décennies et qu’il exige, à ce titre, des assureurs solides, durablement et fermement implantés en France.
Quelle place entend occuper Relyens dans ce paysage ?
Relyens est un groupe solide et armé pour faire face à ses engagements dans la durée. Notre groupe mutualiste est plus que jamais au cœur des nombreuses mutations que connaissent les acteurs de la santé et des territoires. Nous les accompagnons dans leur mission d’intérêt général grâce à notre capacité à nous renouveler sans cesse, guidés par des valeurs mutualistes qui constituent l’ADN et la raison d’être du groupe. Nous avons la volonté de proposer une offre de valeur qui aille bien au-delà du simple achat d’assurance.