Abonnés

Jurisprudence

De l’interprétation (extensive) du juge de l’assurance automobile

Publié le 26 novembre 2019 à 8h00

Serge Brousseau

L’arrêt de la Cour de cassation du 24 octobre 2019 (pourvoi n° 18-20.910) traite de l’assurance automobile dans le cadre d’un accident de circulation peu banal. La démarche adoptée par la juridiction pour conclure à la responsabilité du conducteur interroge sur l’interprétation de la loi en assurance-dommages.

Serge Brousseau
docteur en droit, Avocat à la Cour, Trillat & associés

Alors qu’il circulait vers 18 heures en voiture à Eze, le 20 juin 2014, M. J. s’est arrêté pour relever un scooter qui était tombé à terre et qui encombrait la chaussée. Ce scooter appartenait à M. H.

En relevant le scooter avec ses mains, M. J. a glissé et a ressenti une violente douleur au bras. S’étant aussitôt rendu au service des urgences, il a été constaté une rupture de la portion distale du tendon du biceps droit à l’occasion d’un effort de soulèvement.

Même s’il est difficile de déterminer dans quelles conditions M. J. est intervenu (soit de sa propre initiative, soit à la demande de la femme du propriétaire du scooter qui demeurait à côté des faits), force est de constater que celui-ci s’est blessé en relevant un cyclomoteur à l’arrêt.

La question est simple : peut-on rattacher ces faits à un accident de la circulation et condamner le gardien propriétaire du scooter à supporter le dommage corporel de celui qui a cherché à relever l’engin à terre ?

Par son arrêt du 7 juin 2018, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a débouté la victime de ses demandes en précisant que le fait de s’être blessé lors du relèvement du scooter ne constitue pas un événement fortuit et imprévisible, mais résulte d’un acte volontaire, que celui-ci ait eu lieu de sa propre initiative ou suite à la demande d’un tiers. Ainsi, la rupture de la portion distale du tendon du biceps à la suite d’un effort lors du soulèvement n’est pas la conséquence d’un accident de la circulation au sens de l’article 1ier de la loi (Badinter) du 5 juillet 1985.

Par la suite, la Cour de cassation, par son arrêt du 24 octobre 2019, a cassé l’arrêt de la cour d’Aix-en-Provence du 7 juin 2018. Par un attendu affirmatif, la...

Dans la même rubrique

Abonnés L’EIOPA s’interroge sur la distribution via l’IA

L’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus de distribution d’assurance fait...

Abonnés Assurance des pertes d’exploitation : la guerre sans fin

Sur la question de la perte d’exploitation liée à la fermeture des établissements recevant du...

Abonnés Loi de blocage : plaidoyer pour le pragmatisme

Les entreprises peuvent compter sur la loi de blocage qui les protègent en matière de demandes...

Voir plus

Chargement…