Sous l’effet du changement climatique, l’assurance vacille. La sinistralité devient structurelle, fragilise la mutualisation, recompose le capital et creuse une fracture territoriale de l'assurabilité. Le secteur entre dans une économie du risque permanent.
Face à l’accélération du dérèglement climatique, l’assurance est en train de franchir un seuil critique. L’hiver 2025-2026 en fournit une illustration particulièrement nette. De l’Ouest au Sud-Ouest de la France, une succession d’épisodes hydrologiques d’une intensité inhabituelle a mis sous tension l’ensemble de la chaîne du secteur de l’assurance. Crues prolongées, débordements de cours d’eau, sols saturés incapables d’absorber de nouvelles précipitations : chaque épisode pluvieux s’est mué en potentiel de sinistre systémique. Routes submergées, infrastructures paralysées, zones résidentielles inondées : les impacts se propagent avec une rapidité qui excède les référentiels historiques intégrés aux modèles actuariels.
À la mi-février, près de trois cents communes avaient déjà été reconnues en état de catastrophe naturelle. Le Lot-et-Garonne, la Gironde, le Maine-et-Loire ou encore la Charente-Maritime figurent parmi les territoires les plus exposés, avec des dispositifs d’évacuation sollicités à plusieurs reprises en quelques semaines. Pour les assureurs, le choc est immédiat. Covéa a enregistré, dès la fin février, environ 35 000 déclarations de sinistres en dommages aux biens. Maif et Macif observent des ordres de grandeur comparables. Le bilan demeure provisoire : les expertises se poursuivent, les arrêtés de reconnaissance s’enchaînent, et la charge finale de l’exercice 2026 pourrait constituer un nouveau palier technique.
Quand le risque se transforme
Dans ce contexte, l’architecture du modèle...