Le risque pandémique s’impose désormais comme un risque structurel et systémique. Tandis que l’Organisation mondiale de la santé s’efforce de consolider un cadre opérationnel de préparation, le secteur de l’assurance peine encore à traduire ce constat en modèles pleinement innovants, capables d’anticiper l’aléa et d’intégrer l’imprévisible dans des cadres d’assurance maîtrisés.
Il y a cinq ans, la pandémie de la Covid-19 frappait le monde avec une ampleur sans précédent depuis un siècle, révélant brutalement les vulnérabilités des sociétés contemporaines et de leurs systèmes de protection. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la crise sanitaire a entraîné près de 15 millions de décès excédentaires dans le monde entre 2020 et 2021 (1), bien au-delà des seuls décès recensés par les statistiques nationales. Dans le même temps, l’espérance de vie mondiale a reculé de près de deux ans entre 2019 et 2021, effaçant une décennie de progrès sanitaires.
Le choc fondateur et ses cicatrices durables
Sur le plan économique, l’onde de choc a été tout aussi profonde : en 2020, l’économie mondiale a connu sa plus forte contraction depuis l’après-guerre, avec un recul du PIB estimé à un peu plus de 3 % (2). La production mondiale est restée durablement inférieure à sa trajectoire de précrise, traduisant une perte cumulée de richesse de plusieurs milliers de milliards de dollars. Ces « cicatrices » macroéconomiques continuent de peser sur la dynamique globale : les perspectives de croissance demeurent modérées et structurellement plus fragiles qu’avant la pandémie, la Banque mondiale anticipant une croissance mondiale limitée à 2,3 % en 2025 (3). Pour l’assurance, ce séisme n’a rien d’un accident conjoncturel. « La pandémie de la Covid-19 a causé des sinistres majeurs tant en assurance dommages qu’en assurance vie et santé », observe Gunther Kraut, responsable mondial des solutions de gestion des...