Ukraine, Moyen-Orient, tensions maritimes : la conflictualité change d’échelle et s’installe dans la durée. Sous pression, les modèles actuariels vacillent, les capacités se contractent et les frontières de couverture reculent. Un seuil est franchi : l’assurance n’ajuste plus le risque, elle arbitre l’incertitude. Enquête sur une recomposition silencieuse qui fragmente les marchés et redéfinit les règles du jeu à l’échelle mondiale.
De Kiev à la mer Rouge, des infrastructures énergétiques aux câbles sous-marins, les chocs ne s’additionnent plus, ils s’entrelacent et échappent à la modélisation. Ils persistent, sans retour à l’équilibre. La guerre a changé de nature et d’échelle. Le nombre de conflits a plus que doublé en un an, passant de 61 conflits armés étatiques en 2024, selon l’Uppsala Conflict Data Program (UCDP)/PRIO, à plus de 130, selon le Comité international de la Croix-Rouge, CICR (1). Au total, 42 pays sont directement concernés et 92 autres impliqués dans des guerres par procuration (proxy) ou des coalitions.
La guerre devient un risque permanent
Désormais, les affrontements ne se succèdent plus, ils se superposent, instaurant un continuum de violence où le risque devient permanent. Pendant des décennies, le risque de guerre a été appréhendé comme un événement extrême, exogène et rare. Or, une « zone grise » émerge désormais, dans laquelle les modèles actuariels peinent à produire des repères fiables, faute de stabilité statistique et de régime de référence. Les corrélations extrêmes entre lignes transforment des chocs isolés en scénarios systémiques : sanctions coordonnées, blocages maritimes, ruptures d’approvisionnement et attaques d’infrastructures critiques s’enchaînent et se renforcent. Le cadre probabiliste vacille. Le dernier Baromètre du risque géopolitique en entreprise de l’Amrae (2) souligne ainsi le caractère désormais « transverse » du risque géopolitique et l’importance des interdépendances entre facteurs, dont...