Portée par une dynamique commerciale soutenue, Axa France signe une année 2025 record. Entretien avec le directeur général, Mathieu Godart, qui détaille une stratégie alliant croissance maîtrisée, innovation technologique et renforcement des réseaux.
L’année 2025 a été marquée par un marché porteur en épargne-retraite et une accalmie des événements climatiques. Comment ressortent les résultats d’Axa France ?
2025 est une très bonne année pour Axa France. Nous consolidons notre position de leader avec un modèle équilibré entre nos trois grands métiers. Le chiffre d’affaires atteint 31 Md€, en hausse de 6 %, soit son plus haut niveau historique. Le résultat opérationnel s’élève à plus de 2 Md€, en progression de 7 %, également un record. Au total, nous enregistrons plus d’un demi-million de contrats supplémentaires, 250 000 clients en plus, et environ 3 Md€ d’encours supplémentaires en épargne individuelle. Nous arrivons au terme de la deuxième année de notre plan stratégique, dont l’exécution est pleinement conforme à nos ambitions.
Où gagnez-vous ces nouveaux contrats ?
En IARD particulier, nous progressons à la fois via nos réseaux traditionnels et via le canal direct. Axa France apporte plus de 250 000 contrats, tandis que Direct assurance en génère près de 300 000 en auto et habitation. Nous gagnons des parts de marché sur quasiment l’ensemble de nos activités. En épargne-retraite, nous sommes numéro un sur les flux PER avec environ 15 % de part de marché, et nous estimons disposer encore d’un potentiel de progression sur ce segment.
La croissance est-elle homogène selon les métiers ?
Toutes nos activités sont en croissance. En dommages et en épargne, la dynamique reste soutenue. En santé-prévoyance, la progression est plus modérée, car nous avons privilégié la qualité du portefeuille et procédé à certains ajustements. Notre logique demeure celle d’une croissance rentable et maîtrisée.
Comment évolue le turnover ?
Dans nos réseaux exclusifs, nous affichons un solde positif de 430 distributeurs en 2025, ce qui porte à plus de 600 recrutements depuis le lancement du plan (2023). Au sein des équipes, les tensions observées après le Covid, notamment sur des profils comme les actuaires ou les souscripteurs entreprises, se sont atténuées. Le turnover naturel est de quelques points, et notre marque employeur reste solide.
Vous avez resserré le comité exécutif. Quelle est la feuille de route pour 2026 ?
J’ai en effet légèrement resserré le comité exécutif afin d’être pleinement concentré sur l’exécution du plan stratégique. 2026 sera la troisième année du plan : notre objectif est de délivrer une performance à la hauteur des deux premières. Deux priorités structurent notre action : la force du collectif – équipes et réseaux – et l’accélération technologique.
Vous évoquez une « révolution technologique ». Que recouvre-t-elle concrètement ?
Nous poursuivons des investissements importants dans la modernisation de nos systèmes d’information et dans l’intégration de l’intelligence artificielle (IA). L’IA nous permet d’agir sur quatre dimensions : le développement commercial, la maîtrise technique et la sophistication tarifaire, la fluidité des parcours clients et l’efficacité opérationnelle. Il ne s’agit pas uniquement d’un enjeu de productivité, mais aussi d’améliorer la qualité du conseil et la personnalisation des offres.
Dans un contexte d’inflation des coûts de sinistres, comment conciliez-vous équilibre économique et acceptabilité des prix ?
Il faut regarder les facteurs sous-jacents. En automobile, environ 40 % du coût de réparation correspond aux pièces, dont les prix progressent d’environ 7 % par an ; 40 % relèvent de la main-d’œuvre ; le reste concerne notamment la peinture. Pour agir en auto, nous capitalisons sur une maîtrise accrue des coûts, via notre réseau de garages partenaires, l’optimisation des achats et le développement des pièces de réemploi (pour 22 % des réparations). En santé, trois facteurs structurels pèsent : le vieillissement de la population, les transferts de charges et l’inflation médicale. Au global, nous agissons également sur deux leviers : la prévention afin de réduire le risque à la source et un conseil renforcé pour adapter précisément les garanties aux besoins des assurés. L’enjeu est d’allier solidité économique et pédagogie vis-à-vis des assurés.
Le secteur a beaucoup parlé du gel des tarifs en santé. Quelle a été votre politique ?
Les majorations 2026 ont été construites dès l’été, sur la base des tendances structurelles observées. Les modalités d’application du dispositif restent à clarifier. Pour Axa, le véritable enjeu demeure la maîtrise des dépenses de santé. Le débat actuel a toutefois introduit une forme de flou et suscité des interrogations légitimes chez certains assurés, ce qui appelle un effort de pédagogie.
L’année 2026 a débuté avec les tempêtes Nils et Pedro et des inondations dans le Sud-Ouest. Quelle est votre estimation des sinistres et quels dispositifs avez-vous activés ?
Nous avons activé notre dispositif de crise Climagir et adressé près d’un million de SMS préventifs à nos assurés avant les événements. Les agents généraux et les équipes se sont immédiatement mobilisés. À ce stade, le coût lié au volet tempête est estimé à environ 80 M€ net, un montant susceptible d’évoluer. Concernant les inondations, il est encore trop tôt pour communiquer une estimation précise, les déclarations étant plus longues à consolider. La CCR a évoqué un coût de 290 M€ pour le marché. Avec une part de marché d’environ 11 % en particulier, nous nous situons dans cet ordre de grandeur.
Avec la multiplication des événements climatiques, tout restera-t-il assurable en France dans dix ans ?
Oui ! Tout doit rester assurable. Cela suppose une mobilisation collective des assureurs, des assurés, des pouvoirs publics et des collectivités. Le régime des catastrophes naturelles est un dispositif précieux de mutualisation : sur une prime habitation de 100 €, 20 € correspondent aujourd’hui à la contribution Cat Nat. Les premiers éléments de l’Observatoire de l’assurabilité indiquent que 98 % du territoire ne présentent pas de difficulté majeure, les tensions se concentrant sur une part très limitée des zones. Le système français fonctionne, mais il doit s’accompagner d’efforts renforcés en matière de prévention et d’adaptation pour que cela continue.
Quel chemin compte suivre Axa France pour lier efficacement la prévention au contrat d’assurance ?
Pour ce qui concerne nos clients particuliers et entreprises, ce sont nos distributeurs qui sont à la manœuvre. Et notamment nos agents généraux, que nous voulons positionner comme risk managers de proximité. Nous allons continuer à investir dans des formations pour qu’ils apportent davantage de conseils éclairés en termes de prévention à leurs clients particuliers et entreprises. Nous les avons déjà équipés d’un certain nombre d’outils comme Altitude, qui est capable de projeter l’évolution dans le temps de l’exposition des implantations aux risques climatiques. Nous voulons également accélérer sur le particulier, notamment sur la prévention des épisodes de grêle. Plus largement, nous avons Axa Prévention, qui existe depuis quarante ans maintenant, qui agit à l’échelle de toute la société. Nous voulons jouer un rôle moteur sur la culture du risque et de la prévention. Il y a beaucoup de progrès à faire en France sur ces sujets et nous voulons aller plus loin.
Le gouvernement a validé le principe d’une taxe pour alimenter un fonds de solidarité dédié à la couverture du risque émeute, que pensez-vous de cette initiative ?
L’objectif de cette mesure est de créer un dispositif de solidarité pour venir en soutien d’abord des collectivités, des professionnels et des commerçants, et aussi des particuliers, mais dans une moindre mesure. Pour ce faire, on évoque une surprime de 1,5 % prélevée sur les garanties dommages. Nous attendons les modalités d’exécution, qui ne devraient plus trop tarder, et nous resterons attentifs à faire en sorte que tout cela reste efficace. Le point qui me semble important est celui des délais. Il ne faut pas sous-estimer le travail de mise en place opérationnelle que ces dispositifs requièrent dans une compagnie d’assurance. On parlait d’une mise en place à partir du 1er janvier 2027. Or, le 1er janvier 2017, c’est demain.
Allez-vous continuer à développer votre réseau d’agents généraux en ouvrant de nouvelles agences ?
Oui, nous sommes en ligne avec notre objectif d’avoir 1 000 distributeurs supplémentaires à fin 2026. Nous croyons vraiment dans la force du modèle et continuons de recruter. Même si le full digital se développe, beaucoup de Français ont besoin d’être accompagnés et conseillés par une personne de confiance qui va les aider à décrypter leurs besoins. C’est un développement qui va de pair avec l’intégration d’outils technologiques et d’IA, qui doivent permettre un meilleur conseil et des propositions les plus personnalisées.
Qu’est-ce que l’IA change pour les assurés et pour vos collaborateurs ?
L’intelligence artificielle existe déjà depuis un petit moment. C’est un mot dans lequel on met beaucoup de choses et qui n’est pas exclusivement un sujet lié à la productivité. Aujourd’hui, les investissements que nous réalisons dans l’IA servent d’abord à développer notre activité, à renforcer notre maîtrise technique, à offrir des parcours client encore plus fluides et, enfin, à être plus productifs. Ce sont des sujets que nous traitons de manière transparente en interne avec nos partenaires sociaux. Si certains acteurs ont pu annoncer des conséquences négatives de l’IA sur l’emploi, ce n’est pas le cas chez Axa.
Que représente aujourd’hui l’usage du digital chez les clients d’Axa France – en termes de visites, de dossiers en ligne ou d’interactions avec l’IA ?
Ce que j’observe, c’est d’abord que nos réseaux de distribution physiques ne se sont jamais aussi bien portés. C’est un modèle qui montre sa résilience et sa pertinence. Nous avons beaucoup investi dans le modèle phygital. Plus de la moitié des clients Axa se connecte régulièrement à l’application et nous allons continuer d’enrichir les fonctionnalités avec de l’intelligence artificielle et des outils conversationnels pour venir en soutien des réseaux physiques.
Comment Axa France adapte-t-elle ses offres et son accompagnement aux usages numériques des nouvelles générations ?
Nous avons nos réseaux de distribution physiques que nous équipons de solutions digitales pour accéder au modèle phygital, et le modèle Direct assurance pour celles et ceux qui veulent se tourner vers une relation full digital. Nous couvrons tous les besoins avec le souci d’aller, via l’assurance inclusive, vers l’assurance des Français les plus modestes, et notamment les jeunes travailleurs. Le pack entrepreneur, destiné aux microentrepreneurs, correspond à environ 5 % de notre production en multirisque sur le segment professionnel. Nous voulons faire en sorte que le volet économique ne soit pas une barrière à l’assurance. C’est aussi une forme de réponse pour les jeunes.
À l’approche de l’élection présidentielle, concernant l’assurance, quels sont les messages importants à faire passer auprès de celles et ceux qui veulent diriger le pays ?
Une élection présidentielle représente toujours une opportunité importante de pouvoir poser un certain nombre de débats et d’essayer de les traiter de manière rationnelle. Je vois deux grands sujets : le volet du climat, avec le sujet de la prévention et de l’adaptation du territoire face au changement climatique, et celui du vieillissement de la population, avec un premier angle autour de la santé et un second sur la préparation de la retraite. Ce sont des thématiques que j’aimerais voir traitées avec sérénité dans le cadre de ce débat présidentiel, pour qu’on puisse se donner un cap et apporter des solutions de long terme.