François-Régis Bernicot, président du directoire de Suravenir

« Chez Suravenir, le PER représente 11 % de la collecte »

Publié le 28 mai 2026 à 9h00

Jean-Christophe Manuceau    Temps de lecture 7 minutes

Le président du directoire de Suravenir fait le point sur la collecte en assurance vie et l’engouement des Français pour le PER. Il développe aussi sa stratégie de distribution multicanale.

En 2025, votre collecte brute a progressé de 19 % quand le marché a crû de 8 %, votre collecte nette a bondi de 76 %, et les UC ont représenté près de la moitié de vos encours. Un taux satisfaisant, ou comptez-vous aller plus loin ?

Nous sommes très heureux de la croissance accélérée que nous avons connue ces deux dernières années. Ces résultats sont liés à nos choix stratégiques : être présents sur Internet et sur le marché des CGP. Cette singularité nous permet d’afficher une croissance plus importante que la moyenne.

Sur le taux d’UC, ce que nous regardons, plus que l’encours, c’est le taux d’UC dans la collecte brute. L’important pour nous, c’est de rester diversifiés. C’est un message que nous donnons de longue date à nos partenaires et à nos clients : pour préserver le pouvoir d’achat de l’épargnant dans la durée, il faut accepter une part de risque, une part de diversification. Notre objectif, c’est d’être supérieur à 50 % d’UC dans la collecte brute. On était à 64 % en 2023, on est autour de 55 % aujourd’hui. C’est un niveau qui nous convient parfaitement. Et sous l’effet combiné de cette démarche commerciale de longue date et de la valorisation des supports d’investissement, le taux d’UC en stock atteint 48 %. Mais c’est la collecte brute que nous pilotons.

Le taux d’épargne des ménages dépasse 18 % du revenu disponible brut, un niveau inédit depuis les années 1970. Aubaine conjoncturelle ou transformation durable ? Et comment Suravenir adapte-t-elle son offre ?

On est clairement sur un pic conjoncturel. Le taux d’épargne financière est presque arrivé au niveau de la Covid-19. Quand on est confinés, sans restaurants, sans sorties, comprimés dans nos dépenses, on comprend vite que ce n’est pas une vie qu’on a envie de vivre tout le temps. Si on arrive au même niveau que la Covid, c’est le fruit de nombreuses incertitudes géopolitiques – la guerre en Iran, les fractures du monde et, en France, beaucoup d’incertitudes politiques et fiscales.

Ce taux devrait baisser, ce qui est plutôt bon pour l’économie. Néanmoins, va-t-il redescendre à 14 % ? Ce n’est pas sûr, parce qu’il y a des besoins de financement d’épargne long terme qui vont perdurer, je pense en premier lieu aux retraites. Nos concitoyens sont raisonnables : si on ne fait pas la réforme des retraites et qu’ils ne veulent pas travailler plus longtemps, ils savent qu’il faut mettre de l’argent de côté. Ça sera bénéfique pour nos produits, notamment sur le plan de l’épargne-retraite.

Quant à nous, comme nous pensons que c’est conjoncturel, nous n’avons pas varié notre discours. Nous aurions très bien pu rouvrir les vannes sur le fonds euros pour profiter de la hausse des taux – ce n’est pas le message de la compagnie. Sur des sujets aussi profonds que la diversification et la préservation du pouvoir d’achat, vous ne pouvez pas avoir un discours qui dépend du niveau des taux : il ne serait crédible ni vis-à-vis du distributeur ni vis-à-vis du client final. Notre investissement en multicompartiment est précisément là pour soutenir cette démarche dans le temps et permettre le développement du mandat d’arbitrage.

Quel taux avez-vous servi sur votre fonds euros en 2025, et comment vous positionnez-vous face à la concurrence ?

Nous sommes présents sur trois marchés et nous avons une politique de taux adaptée à chacun. Le marché le plus disputé, où le taux du fonds euros pèse le plus, c’est ce que nous appelons en interne le « marché Internet », parce que l’élasticité de la collecte au taux y est la plus forte. Sur Internet, il n’y a pas ou peu d’intermédiation : soit le client est satisfait du rendement affiché, soit il ne vient pas. C’est environ 27 % de notre collecte. Nous y avons augmenté les taux de façon significative en 2025, à 3 %. Cela a été possible grâce à un travail d’investissement financier qui a payé, et parce que la forte croissance commerciale sur Internet nous a donné davantage de sommes à investir, avec un effet relutif sur l’actif. Nous avons relué 40 % de l’actif du fonds vendu sur Internet.

Sur la gamme patrimoniale, qui représente près de 50 % de notre activité, nous sommes à un taux de base à 2,50 %, avec des dispositifs de bonus en fonction du taux d’UC pouvant aller jusqu’à 3,20 %. La collecte nette est positive, mais l’effet relutif est moindre parce que la taille de l’actif est plus importante. Jusqu’à preuve du contraire, ça marche très bien : notre croissance est nettement supérieure à celle du marché en 2025, comme en 2024.

Le PER s’est imposé comme le grand gagnant de la réforme de l’épargne-retraite. Quelle est sa part dans votre collecte, et quels profils ciblez-vous en priorité ?

Nous sommes très heureux du PER. C’est un produit parfaitement adapté aux finalités de l’épargne, notamment retraite et long terme. Chez Suravenir, c’est 11 % de la collecte, 700 M€ – pour un produit qui n’existait pas en 2019, c’est un vrai succès.

Nous avons un PER par marché : Suravenir PER sur Internet, Pertinence retraite sur le patrimonial, Projection retraite pour l’activité bancaire. Nous avons aussi des PER dédiés : un pour April, nouveau partenaire qui développe sa gamme d’épargne, et un avec Fortuneo, la banque en ligne du groupe, qui a vraiment bien fonctionné l’année dernière et fait l’objet d’un plan d’investissement dans le cadre du PMT du groupe Crédit mutuel Arkéa. Avec toutes ces offres, nous couvrons l’intégralité du spectre.

Votre stratégie multicanale s’appuie sur Crédit mutuel Arkéa, les courtiers et le digital. Quels partenariats souhaitez-vous nouer en 2026 ?

100 % de la distribution de nos contrats se fait avec des partenaires courtiers. Parmi ces courtiers, 35 % seulement sont possédés par le groupe Crédit mutuel Arkéa – Fortuneo, le Crédit mutuel de Bretagne (CMB) et le Crédit mutuel du Sud-Ouest (CMSO). 65 % de notre collecte vient de partenaires externes.

Nous travaillons avec tous les types de structures : de la petite FinTech qui lance un projet sur Internet à de très grandes entreprises. Sur les CGP, nous travaillons aussi bien avec de très grands groupes comme Crystal – qui a racheté Primonial – qu’avec de toutes petites structures qui se montent. Nous continuons à accompagner les jeunes CGP qui se lancent. C’est dans l’ADN de Suravenir et c’est une ligne stratégique de notre plan : continuer à diversifier nos partenariats, tisser des liens avec les acteurs existants, ceux avec qui nous ne travaillons pas encore et les nouveaux entrants. Nous aurons des lancements à annoncer dans les mois qui viennent, mais je ne peux pas en parler à date.

On voit fleurir dans le métro parisien des campagnes d’affichage pour des placements proposés par des acteurs non régulés. Comment réagissez-vous ?

Il faut prendre un peu de recul. Suravenir, comme toutes les compagnies d’assurance vie qui opèrent en France, est régulée. Ce corpus de règles est fait dans l’intérêt des clients, pour qu’ils aient accès à des produits et à des communications qui respectent un certain nombre de contraintes, et in fine pour assurer la stabilité et la sécurité du système financier, et s’assurer que les clients ne sont pas lésés par des pratiques malhonnêtes ou peu scrupuleuses. Une partie de ces règles régissent toutes les publicités sur les placements financiers régulés – assurance vie, banque, crédits.

Quand on voit physiquement dans le métro à Paris, sur Internet ou à la télévision d’autres acteurs qui ne sont pas régulés s’affranchir évidemment de ces règles, sans aucune mention de risque, sans aucune réserve, tout en adressant le même besoin final – celui d’épargner –, ça fait un déséquilibre. A minima, il faudrait que sur ces supports figure une mention « activité non régulée », pour attirer l’œil de l’épargnant final, public souvent jeune, et qu’il sache que derrière cette publicité il y a des risques significatifs. Le distinguo doit être fait entre des entreprises régulées et des entreprises qui ne le sont pas, parce que ce n’est pas le même niveau de sécurité offert aux clients. Et aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

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