Accélérateur

Pour French Assurtech : l’IA n’est pas un critère

Publié le 16 juillet 2026 à 14h26

Jean-Christophe Manuceau   La Tribune de l'Assurance  Temps de lecture 5 minutes

Créée à Niort en 2018, l’association French Assurtech propose un dispositif global d’innovation afin d’améliorer la chaîne de valeur actuelle des métiers de l'assurance et inventer les métiers de demain. À l’heure où 90 % des candidatures à son accélérateur se revendiquent « à base d’IA », ses dirigeants défendent une conviction à contre-courant : la technologie, aussi puissante soit-elle, n’est rien sans une application concrète et utile.

Sur les 110 start-up qui ont candidaté cette année au programme d’accélération de French Assurtech, l’écrasante majorité met en avant l’intelligence artificielle. « Sur 100 start-up, il y en a 90 qui se disent "à base d’IA". Ça ne veut plus rien dire, s’agace Nicolas Aurick, directeur des programmes de l’association et responsable innovation et solutions numériques de Groupama Centre-Atlantique. Tant mieux si l’IA permet de mieux rendre le service, mais ce n’est pas une proposition de valeur en soi. Quel est le problème résolu ? À quoi servez-vous ? »

Créée en 2018 à l’initiative de la communauté d’agglomération du Niortais, l’association fédère huit acteurs mutualistes et assurantiels : Groupama Centre-Atlantique, Maif, Macif, Maaf (Covéa), le groupe IMA, CNP assurances, la Mutuelle de Poitiers et le groupe belge P&V. Son accélérateur ne prend aucune participation au capital : il finance des projets de collaboration entre start-up et membres, chacun portant le budget de ses expérimentations. « Nous avons dépassé depuis longtemps l’ère du POC* gratuit. Un projet financé crée de l’engagement », résume Nicolas Aurick. La co-construction est la valeur cardinale du dispositif : une start-up dont le produit ne répond pas exactement au besoin exprimé peut être retenue, dès lors qu’elle affiche une réelle envie de le faire évoluer.

Le processus part des besoins métiers, jamais de la technologie. Cette année, 120 besoins recensés chez les membres ont été priorisés à 17 – un arbitrage mené collectivement, entre concurrents – avant l’appel à candidatures. Sur les 110 dossiers reçus, une cinquantaine a été qualifiée puis passée au peigne fin par les directions métiers, 15 start-up ont pitché lors du Selection Day de juin, pour 7 à 8 retenues en moyenne par promotion. Le niveau de maturité des candidats est scruté de près : « On ne crée pas une boîte en six mois avec des preuves de valeur qui vont convaincre nos décideurs », prévient Nicolas Aurick. À partir du kick-off de septembre, les expérimentations s’étalent sur huit à neuf mois, avec une souplesse assumée : certains sujets climatiques, comme la détection de la sécheresse sur le bâti, exigent un test sur deux ans.

Zéro techno

Conséquence de cette approche : l’IA n’entre pas en ligne de compte dans la sélection. Sur les huit start-up retenues en 2025, la moitié seulement s’en revendiquait. L’association a même accompagné une jeune pousse « zéro techno », spécialisée dans l’accompagnement des allergies alimentaires des jeunes enfants. À l’inverse, quand la technologie répond à un vrai besoin, la collaboration s’installe dans la durée : entrée par la saison 3 du programme, la start-up Akur8 est devenue un prestataire de référence de la Maif en tarification et actuariat.

Ce positionnement fait de French Assurtech un poste d’observation privilégié des effets de mode. « Nous observons parfois, dans la surabondance de certaines candidatures sur un sujet, une forme de buzz médiatique et d’effet de mode, alors que sur d’autres besoins exprimés par nos métiers, nous nous retrouvons assez courts en candidatures de qualité », constate Thomas Ollivier, président de l’association et directeur des partenariats du groupe Maif.

Un livre blanc IA en préparation

Le sujet s’invite aussi dans l’Agora, second pilier du dispositif : des clubs métiers où les huit membres, pourtant concurrents, confrontent leurs pratiques. « C’est une forme d’espace protégé où, tout en restant loyaux à nos entreprises, nous nous autorisons à nous dire les choses », décrit Thomas Ollivier. Le club, consacré cette année à l’IA, débouchera sur un livre blanc cosigné par les membres participants.

À la veille de ses dix ans, l’association prépare une nouvelle étape : un statut de partenaire d’expérimentation pour s’ouvrir à d’autres industries, de celles du bâtiment à celles de la santé. « Pour résoudre certains défis, il faut sortir du vase clos entre assureurs, et apporter d’autres regards et approches déterminantes pour leur résolution », défend Thomas Ollivier, qui imagine déjà des start-up hybrides, « ni complètement du bâtiment, ni complètement de l’assurance », pour modéliser par exemple la résistance et l’assurabilité du bâti au retrait-gonflement des argiles.

Une ambition d’ouverture qui pourrait bien, à terme, inciter de nouveaux acteurs de l’écosystème à rejoindre les huit membres fondateurs dans cette aventure collective.

* Un Proof of Concept (PoC), ou démonstration de faisabilité en français, est une démonstration ou un prototype visant à prouver la faisabilité d’une idée, d’un produit ou d’une technologie avant son développement complet.

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