Jacques Oloa et Simon Garito, cofondateurs de Payshift

« Payshift vise entre 30 000 et 40 000 cartes actives d’ici fin 2026 »

Publié le 9 juillet 2026 à 9h00

Sarah Noufi   La Tribune de l'Assurance  Temps de lecture 8 minutes

Payshift, société technologique spécialisée dans les solutions de paiement intégrées pour l’assurance, entend transformer la santé animale en supprimant l’avance de frais grâce à une technologie de paiement instantané. Une innovation pour améliorer l’expérience des assurés, tout en réduisant les coûts de gestion et la fraude pour les assureurs. Les explications de ses cofondateurs, Jacques Oloa (directeur des opérations) et Simon Garito (directeur général).

Pourquoi avoir choisi de lancer Payshift dans la santé animale ?

Simon Garito : Nous évoluons dans cet univers depuis cinq ans. Nous avons d’abord développé une activité de courtage puis une FinTech dédiée aux propriétaires d’animaux, avec un compte, une carte et des services d’assurance embarqués. Cette double expertise, dans le paiement et la santé animale, nous a permis d’identifier un problème récurrent : les propriétaires d’animaux doivent souvent avancer des frais importants alors que les soins vétérinaires sont de plus en plus coûteux. La santé animale est un terrain particulièrement pertinent pour déployer notre technologie. Les animaux vivent souvent plus de quinze ans, les visites chez le vétérinaire sont fréquentes et les dépenses peuvent atteindre des montants significatifs. C’est donc un marché où l’exécution instantanée des garanties apporte une réelle valeur ajoutée.

Où en êtes-vous aujourd’hui dans votre développement commercial ?

Jacques Oloa : Nous avons effectué notre pivot vers Payshift fin 2025 et nous avons signé à ce jour quatre premiers partenaires. Certains ont déjà communiqué sur leur collaboration avec nous, comme Solly Azar, acteur historique de l’assurance santé animale en France, tandis que d’autres sont encore en phase de déploiement. Ces premiers accords représentent déjà 200 000 animaux assurés à équiper en France. Nous avons également déployé plus de 10 000 cartes depuis le début de l’année 2026. Les premiers indicateurs d’usage sont très encourageants, même si nous sommes encore au début de notre trajectoire. L’accueil du marché est extrêmement positif. Les assureurs, courtiers grossistes et porteurs de risques considèrent désormais le paiement intégré comme un véritable levier de différenciation, de fidélisation et d’acquisition.

Vous estimez que le modèle traditionnel de remboursement n’est plus adapté aux attentes des assurés…

Simon Garito : Nous sommes convaincus que, dans quelques années, plus aucun assuré n’aura à avancer les frais pour bénéficier de la garantie de son contrat. Aujourd’hui, lorsqu’un sinistre survient, il doit payer, transmettre ses justificatifs, attendre leur analyse puis espérer être remboursé plusieurs jours, voire plusieurs semaines plus tard. Ce modèle n’est plus en phase avec les attentes des assurés. Avec Payshift, nous supprimons cette logique de remboursement : la garantie est exécutée immédiatement, paiement compris, sans avance de frais.

Concrètement, comment fonctionne votre technologie ?

Simon Garito : L’assuré déclare son sinistre directement depuis l’application de son assureur en scannant les documents demandés et en décrivant le contexte. Notre moteur analyse automatiquement ces informations, calcule en temps réel le montant de la prise en charge puis crédite instantanément une carte de paiement virtuelle que nous avons préalablement intégrée dans le portefeuille numérique de l’assuré. Celui-ci règle alors directement le professionnel, sans avancer le moindre euro. Aujourd’hui, notre moteur calcule une prise en charge en moins de dix secondes, et l’ensemble du parcours, depuis la déclaration jusqu’au paiement, s’effectue en moins de deux minutes.

Quels bénéfices les assureurs retirent-ils d’un tel dispositif ?

Jacques Oloa : Le premier bénéfice est évidemment l’expérience client. Le moment du sinistre est celui où l’assuré attend le plus de son assureur. Or, aujourd’hui, on crée encore de la friction en lui demandant d’avancer les frais puis d’attendre son remboursement. Notre solution transforme ce moment en un véritable service. En automatisant jusqu’à 80 % des dossiers en quelques secondes, nous réduisons fortement les coûts administratifs. Un assureur en santé animale consacre généralement près de 10 % de la cotisation annuelle TTC aux frais de gestion ; avec Payshift, ce coût peut être ramené à 2,5 %, soit une division par quatre. L’autre enjeu majeur concerne la fraude. En supprimant le remboursement, nous supprimons également l’intérêt de produire de faux justificatifs pour percevoir de l’argent sur son compte bancaire. La carte ne peut être utilisée que pour un montant précis, pendant une durée définie et uniquement chez le professionnel concerné. Nous ajoutons également des contrôles de cohérence et des outils d’analyse des flux qui permettent d’identifier rapidement les situations atypiques et de basculer les dossiers suspects vers une instruction humaine.

Comment convaincre assureurs et vétérinaires d’adopter ce modèle ?

Simon Garito : Côté vétérinaires, c’est justement l’un des points forts de notre solution : ils n’ont absolument rien à faire. Notre système fonctionne dans toutes les cliniques équipées d’un terminal acceptant Visa ou Mastercard, soit pratiquement l’intégralité du marché. Aucun raccordement, aucune intégration ni aucun processus spécifique ne sont nécessaires.

Jacques Oloa : Pour les assureurs, le sujet n’est pas technique. Les intégrations sont relativement simples. Le véritable enjeu consiste à traduire leur expertise métier dans nos algorithmes afin que les décisions prises automatiquement soient parfaitement alignées avec leurs règles de gestion et leurs objectifs techniques. Nous travaillons notamment sur des historiques de sinistres afin de reproduire les décisions prises par les gestionnaires. L’objectif n’est pas de remplacer leur expertise, mais de l’automatiser sur les cas les plus simples pour leur permettre de se concentrer sur les dossiers complexes.

Vous affirmez également réduire la fraude. Comment ?

Simon Garito : Comme l’a dit Jacques Oloa, la principale fraude dans notre secteur repose sur la production de faux justificatifs destinés à obtenir un remboursement. En supprimant le remboursement lui-même, nous supprimons une grande partie de l’intérêt économique de cette fraude. La carte que nous mettons à disposition ne peut être utilisée que dans un cadre extrêmement précis : un montant déterminé, une période donnée et un professionnel identifié. Il devient impossible de détourner les fonds vers un autre achat.

Jacques Oloa : Nous ajoutons également une couche d’analyse des données. Les informations relatives aux transactions, aux horaires, aux localisations ou aux documents transmis nous permettent d’identifier des comportements atypiques et d’activer des contrôles supplémentaires lorsque cela est nécessaire. Il reste évidemment certains risques, notamment les fraudes par collusion entre un assuré et un professionnel de santé. Par exemple, un vétérinaire pourrait facturer des soins fictifs, encaisser le paiement puis en reverser une partie à l’assuré. Mais ce type de fraude reste beaucoup plus rare, car le professionnel met directement en jeu son agrément et sa responsabilité. Grâce aux données de transaction, nous pouvons également détecter des anomalies de fréquence, de montant ou de localisation, et orienter ces dossiers vers un contrôle humain.

Vous évoquez déjà d’autres marchés. Quelles sont vos pistes de développement ?

Simon Garito : Nous recevons de nombreuses sollicitations provenant d’autres branches de l’assurance. Les volumes les plus importants se situent évidemment en IARD et en santé humaine. Pour autant, nous restons concentrés sur la santé animale, où notre proposition de valeur est aujourd’hui la plus évidente. Nous menons néanmoins des travaux exploratoires pour vérifier dans quelles conditions notre modèle pourrait être transposé à d’autres univers. La santé humaine constitue naturellement un sujet d’étude, même si son fonctionnement est plus complexe en raison de l’existence de la Sécurité sociale et des mécanismes de tiers payant déjà en place.

Quels sont vos objectifs pour cette deuxième moitié de l’année 2026 ?

Simon Garito : D’ici la fin de l’année 2026, nous visons entre 30 000 et 40 000 cartes actives.

Jacques Oloa : Nous voulons devenir, dans les deux prochaines années, le champion européen du tiers payant en santé animale. Le marché français reste très peu équipé, avec un taux de pénétration estimé entre 5 et 10 %, alors que l’on compte près de 22 millions de chiens et de chats assurables. Nous sommes convaincus que la suppression de l’avance de frais peut contribuer à accélérer fortement l’adoption de l’assurance santé animale. Plus qu’une innovation de paiement, c’est selon nous une évolution profonde de l’expérience en assurance.

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