Assemblée générale Agéa

« Il n’est pas simple d’orienter les épargnants vers les contrats d’assurance vie en UC »

Publié le 26 juin 2026 à 16h10

Genevière Allaire    Temps de lecture 4 minutes

À l’occasion de l’assemblée générale d’Agéa (Fédération nationale des syndicats d’agents généraux d’assurance) qui s’est tenue le 23 juin à Paris, Pascal Chapelon, président de la fédération, et Philippe Guyonnet-Dupérat, sous-directeur des assurances à la direction générale du Trésor, ont échangé sur les grands défis de l'assurance. Au menu : le casse-tête de l'orientation de l'épargne vers le financement des entreprises et la prévention des risques climatiques. 

L'économie française montre des signes d'essoufflement : le taux de croissance s'est établi à -0,1 % au premier trimestre 2026. Dans sa pratique d’agent général, le président d'Agéa, Pascal Chapelon, est aux premières loges des difficultés quotidiennes des Français. Il constate une hausse de 15 à 17 % des impayés. « Les entreprises fonctionnent bien lorsqu’elles évoluent dans un climat de confiance. Or, le contexte actuel n’y est guère propice, en raison notamment des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que de nombreuses incertitudes géopolitiques », fait-il observer.

Épargne de précaution

Face aux incertitudes économiques et sociales, les Français continuent d'épargner : avec un taux de 17,9 % du revenu disponible brut au premier trimestre 2026, la constitution d’une épargne de précaution n'a jamais aussi bien portée son nom. Dans ce contexte d'abondance des flux de l'assurance vie, les épargnants souhaitent conserver leur liberté d’investissement, tandis que l’État cherche à orienter une partie des encours vers des secteurs considérés comme stratégiques, tels que la défense ou la transition climatique. Philippe Guyonnet-Dupérat, sous-directeur des assurances à la direction générale du Trésor, estime que « l’épargne des Français est probablement trop liquide. Cette préférence pour la liquidité les conduit à prendre moins de risques. Or, il est indispensable de disposer d’une épargne de long terme afin de financer l’économie ». Vu du terrain, Pascal Chapelon rappelle « qu'il n’est pas simple d’orienter les épargnants vers les contrats d’assurance vie en unités de compte (UC) car ils redoutent les fluctuations des marchés et les chocs économiques. Nos clients disposent-ils d’une culture financière suffisante pour capter un discours les incitant à réorienter leur épargne ? Je n’en suis pas sûr. Il faut mettre en place des incitations pour leur donner envie de franchir le pas. Nos clients ont davantage tendance à vouloir financer des entreprises de proximité plutôt qu’à orienter leur épargne vers de grandes entreprises européennes ». Philippe Guyonnet-Dupérat établit un lien entre le niveau relativement faible d’éducation financière des Français et le système français de retraite par répartition : « Si le système était fondé sur la capitalisation, les Français seraient davantage tournés vers l’éducation financière. »

Renforcement de la prévention des risques

Présents sur l'ensemble du territoire et au contact direct des assurés, les agents généraux sont les premiers témoins de la sinitralité climatique. Remis le 15 juin au gouvernement par la Caisse centrale de réassurance (CCR), le premier rapport de l’Observatoire de l’assurabilité des risques naturels propose notamment le renforcement de la prévention des risques et l’adaptation du régime Cat Nat afin d’en garantir la soutenabilité à long terme. Le président d’Agéa regrette cependant que ce rapport n’inclue pas une cartographie des sinistres. Il déplore que « les agents généraux soient confrontés au quotidien à des refus de souscription, des aménagements de franchise et autres mesures visant à restreindre la couverture des assurés de la part des compagnies d’assurance ». En assurance de biens, la prime Cat Nat a été relevée de 12 à 20 % afin de renforcer le financement du régime face à la hausse des risques climatiques. Mais de l’avis de Pascal Chapelon, « on ne pourra pas gérer la totalité de la hausse des catastrophes naturelles par le biais des primes d’assurance. Il me paraît indispensable qu’une loi soit adoptée afin d’augmenter les contraintes sur la construction et d’effectuer un diagnostic de performance énergétique (DPE) environnemental – ce qu’Agéa a proposé au gouvernement – plutôt que de se contenter d’une simple information délivrée par le notaire lors de la cession d’un bien immobilier ».

Dans un contexte où le réchauffement climatique est venu frapper à nos portes avec la canicule de ces derniers jours, la prévention ne pourra de toutes façons plus rester le parent pauvre de l'assurance. 

Crédit photo : Agéa

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