Christophe Heck, directeur des marchés vie & santé de Swiss Re pour la France, le Benelux et la Suisse

« Les Français sont prêts à consacrer de l’argent à la perte d’autonomie »

Publié le 27 août 2026 à 9h00

Louis-Christian de Baudus   La Tribune de l'Assurance  Temps de lecture 5 minutes

Alors que les assureurs ont globalement rendu les armes sur le marché classique de la dépendance, les réassureurs font campagne pour que le risque de longévité soit apprécié à la mesure des enjeux démographiques qui pèsent sur les populations européennes. C'est le cas de Swiss Re, qui transforme le signal d'alarme du vieillissement démographique en opportunité majeure pour l'assurance et la réassurance. Christophe Heck, directeur des marchés vie & santé de Swiss Re pour la France, le Benelux et la Suisse, livre son analyse et propose de nouvelles solutions.

Devant l’hiver démographique qui se profile sur les pays européens, Swiss Re veut ouvrir le débat sur la dépendance et le risque de longévité. Vous avez récemment conduit plusieurs études en Europe sur les attentes des populations. Quels enseignements tirez-vous ?

Nous avons réalisé deux études en France et en Allemagne pour ouvrir le débat d’une population européenne qui vieillit pendant qu’une grande partie des individus conserve le risque de longévité pour eux-mêmes. Dans un deuxième temps, nous avons voulu identifier les besoins en posant des questions à 1 200 personnes. En France, on constate que les personnes ne veulent pas être un fardeau pour leurs enfants. C’est un élément différenciant par rapport à d’autres pays, et notamment l’Allemagne, où les gens souhaitent avant tout se prémunir contre les coûts liés à une détérioration de la santé.

En France, on constate que les assureurs ont mis le frein sur le développement des produits classiques, c’est-à-dire associant capitalisation et rente. Pour trouver des solutions, assureurs et mutualistes penchent d’ailleurs désormais pour l’inclusion d’une garantie dépendance obligatoire dans les contrats complémentaires santé. Est-ce la bonne solution ?

Toutes les solutions sont envisageables, et il s’agit d’un débat politique propre au secteur privé. La question que je poserais, c’est celle de la santé collective et la santé individuelle. Le modèle français de retraites et du financement de la sécurité sociale est basé sur le principe de la répartition, ce qui veut dire que les populations actives contribuent fortement au financement de celles qui sont à la retraite. Intégrer de la dépendance dans des produits santé, c’est en quelque sorte demander aux générations actuelles de financer le grand âge. C’est louable, mais lorsque les produits de santé connaissent de fortes revalorisations année après année, est-ce qu’on n’arrive pas au bout du système ? Parce qu’on voit bien le mouvement, en complémentaire santé individuelle, qui pousse en ce moment beaucoup d’assurés à aller vers des produits non responsables à cause des coûts qui explosent.

Comment rendre les contrats dépendance par capitalisation attractifs pour le grand public ? Faut-il revoir les garanties et les Français sont-ils prêts à les acheter ?

C’est un élément intéressant de notre étude : oui, les Français sont prêts à consacrer de l’argent à la perte d’autonomie. Il y a un besoin, mais les produits actuels, et surtout ceux en capitalisation, sont trop chers. Pour bénéficier d'un tarif intéressant, il faut souscrire à l’âge de 55 ans. Or, c’est un âge où les personnes pensent d’abord à la retraite. Il faut donc réfléchir à de nouveaux produits, avec les mêmes concepts, tout en les rendant moins chers. Dans cette perspective, l’élément clé consiste à dissocier les deux volets des produits dépendance classique : l’épargne qui doit être constituée pour le financement de la dépendance d’un côté, et le risque de longévité en dépendance de l’autre. C’est sur ce dernier volet que se trouve un réel besoin.

Vous dites également qu’il faudra forcément passer par des partenariats publics-privés. Qu’est-ce qu’il faudrait mettre en place pour amorcer un mouvement similaire à celui qu’a connu l’épargne-retraite avec les PER ?

Il y a un effort fiscal à faire pour motiver les populations à souscrire des produits dépendance. L’une des pistes pourrait être de rendre les rentes plus attractives. Actuellement en France, très peu de personnes optent pour la rente, qu’il s’agisse de retraite ou de dépendance. Un partenariat public-privé allant dans ce sens ouvrirait des perspectives intéressantes.

Cela fait plus de vingt ans que la dépendance reste le parent pauvre de la protection sociale et joue les serpents de mer dans l’assurance. Qu’est-ce qui vous fait penser que le vent pourrait enfin tourner ?

Un Français sur quatre aura plus de 65 ans d’ici quinze ans. C’est une prise de conscience qui n’existait pas nécessairement il y a vingt ans. Un autre facteur réside dans l’évolution du contexte géopolitique. La sécurité en Europe n’est plus aussi garantie qu’il y a vingt ans et les gouvernements doivent arbitrer face aux menaces géopolitiques. Peut-on continuer à financer l’État providence et réinvestir dans la défense ? Si des arbitrages budgétaires devaient être opérés en faveur de la défense, les besoins en matière de protection sociale s’en trouveraient renforcés. Dans ce contexte, les marchés de l’assurance et de la réassurance pourraient constituer un levier efficace pour accompagner et sécuriser cette évolution.

Quels produits et quelles innovations Swiss Re propose-t-il aujourd’hui aux assureurs du marché français ?

Nous sommes actifs sur le marché des rentes de retraite et de la dépendance, particulièrement en France où nous intervenons depuis plus de trente ans. Ce que nous amenons en plus de l’expertise et des bases techniques, c’est de la capacité ainsi qu’une volonté d’innover afin de rendre l’assurance des risques de longévité et de dépendance abordable d’un point de vue prix et accessible d’un point de vue de la distribution. Nous avons lancé un produit dépendance individuelle plus attractif afin de répondre aux besoins des personnes allant à la retraite et nous explorons actuellement la question de comment inclure la dépendance avec l’épargne. Les investissements financiers peuvent servir au financement de la dépendance et être une alternative au système de répartition.

Dépêches

Chargement en cours...

Dans la même rubrique

Lecornu allume la mèche, Lustman éteint l'incendie

Le 17 août à Mérignac, Sébastien Lecornu a menacé de nommer les assureurs qui « ne joueraient pas le...

Les réassureurs en rang serré

Les quatre principaux réassureurs (Munich Re, Swiss Re, Hannover Re et Scor) publient tous des...

Comment les assureurs s'infiltrent dans ChatGPT

Comparateur, courtier ou mutualiste : depuis avril 2026, lesfurets, April, Maif et Leocare ont...

Voir plus

Chargement…