Mobilisation

Lecornu allume la mèche, Lustman éteint l'incendie

Publié le 21 août 2026 à 13h00

Jean-Christophe Manuceau   La Tribune de l'Assurance  Temps de lecture 5 minutes

Le 17 août à Mérignac, Sébastien Lecornu a menacé de nommer les assureurs qui « ne joueraient pas le jeu » face aux sinistrés des incendies de Gironde, des Landes et du Var. Le jour même, France assureurs a répondu par un message de solidarité chiffré sur un ton pacificateur, afin d'apaiser la grogne des assureurs qui se sont sentis injustement visés. Retour sur une séquence qui s'inscrit dans trois semaines de mobilisation du secteur.

Le lundi 17 août, en déplacement au Porge (Gironde) puis à Mérignac, le Premier ministre est accueilli sous les huées d'habitants sinistrés avant de hausser le ton vis-à-vis des assureurs : « Celles et ceux qui joueront le jeu, on dira lesquels, et celles et ceux qui ne joueront pas le jeu, on dira lesquels aussi », lance-t-il, ajoutant : « Je pense même pouvoir dire que nous nous sommes fait engueuler à la place des assureurs. » Il annonce par ailleurs un plan de reconstruction de plus de 100 M€, dont 12 M€ dédiés à la Gironde et aux Landes.

Le jour même, Florence Lustman, présidente de France assureurs, répond par un communiqué mesuré, précisant que la fédération professionnelle était elle-même présente à la réunion de Mérignac. Elle y rappelle que les assureurs ont pris dès le 27 juillet deux mesures exceptionnelles : la prolongation du délai de déclaration de sinistre jusqu'au 31 août et la prise en charge des frais de relogement, qui a concerné environ 30 000 personnes. Selon la Fédéa, la fédération des experts, près de 3 000 missions d'expertise ont été ouvertes en Gironde et dans les Landes, dont environ 600 pour des biens partiellement ou totalement détruits. « Les échanges se déroulent dans de bonnes conditions et nous constatons à ce stade peu de remontées de difficultés », affirme l'organisation – un registre que ne partage pas tout à fait Yann Arnaud, directeur à la Macif, qui dénonce le lendemain sur France Info des assureurs érigés en « boucs émissaires assez faciles ».

Mi-août, les premiers bilans chiffrés commencent à circuler, rapportés par Les Échos : Covéa recense plus de 3 000 sinistres pour moins de 35 M€, Groupama 317 déclarations habitation au 10 août – sa filiale d'assistance Mutuaide ayant, de son côté, relogé en urgence plus de 2 000 personnes –, et Crédit agricole assurances plus de 1 200 dossiers multirisques habitation au 13 août. Le 4 août, l'agence Morningstar DBRS évaluait le coût total des dégâts, assurés et non assurés, entre 10 et 15 Md€.

Covéa n'a en revanche pas publié de communiqué de presse traditionnel sur les incendies mais s'est exprimé sur LinkedIn, avec un net écart selon les marques : dès fin juillet, Maaf assurances y détaille des mesures proches de celles du reste du marché, tandis que Franck Le Vallois, directeur général de MMA, publie mi-août un message de solidarité, sans mesures chiffrées ; aucune prise de parole comparable n'a été retrouvée côté GMF. Generali France, de son côté, s'est contenté d'un message de soutien aux victimes des incendies sur les réseaux sociaux.

Vagues de mobilisation

Ces chiffres s'ajoutent à un été déjà marqué par plusieurs vagues de mobilisation. Dès le 27 juillet, France assureurs annonçait solidarité et mesures exceptionnelles au nom de ses 254 entreprises membres. Entre le 24 et le 30 juillet, les principaux acteurs du marché déploient chacun leur dispositif : Axa France active sa cellule ClimAgir, Crédit agricole assurances mobilise 1 500 collaborateurs, le groupe BPCE active son plan Eole – « Notre priorité est d'apporter aux clients touchés une aide immédiate, concrète et de proximité », résume alors son président Nicolas Namias –, la Maif étend ses délais et son accompagnement psychologique (plus de 5 000 propositions d'aide bénévole recensées, environ 1 000 personnes évacuées accompagnées), la Macif débloque un fonds de solidarité d'un million d'euros et déploie un camion d'assistance au Porge, Allianz France verse une avance de 600 € sans justificatif, et Maaf assurances détaille sur LinkedIn une prolongation du délai de déclaration au 31 août, un remboursement des frais de relogement pendant trois semaines, un accompagnement psychologique et une aide d'urgence pour les besoins de première nécessité. Pro BTP, la protection sociale du bâtiment, a pour sa part contacté individuellement près de 2 500 entreprises et artisans sinistrés, avec déjà 557 demandes d'exonération de cotisations, pour un montant estimé à 2,8 M€, selon des chiffres transmis à La Tribune de l'assurance.

À l'origine de cette mobilisation : le mégafeu de Gironde, qui a détruit 42 000 hectares en juillet – le plus grand feu de forêt français depuis 1949 –, dont 183 maisons au seul Porge, et l'incendie voisin des Landes, qui a ravagé près de 3 700 hectares. Pour mémoire, les incendies de 2022 en Gironde avaient détruit environ 30 000 hectares. À l'échelle du pays, le cumul de tous les feux de l'été franchissait déjà, fin juillet, la barre des 115 000 hectares, un chiffre qui ne fera que s'alourdir à la fin de l'été. France assureurs doit désormais consolider un premier bilan chiffré à l'échelle du marché, une fois clos, le 31 août, le délai exceptionnel de déclaration des sinistres.

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