Dans un contexte de croissance, April International mise sur l’innovation de services, notamment avec Easy Pay Card, sa carte de paiement digitale santé conçue avec la banque en ligne manager.one en 2023 pour sécuriser l’accès aux soins à l’étranger. Isabelle Moins, directrice générale d’April International, Europe & Afrique, revient sur le déploiement de cette carte, un dispositif pensé pour supprimer l’avance de frais et simplifier le parcours des expatriés.
Quelle place occupe aujourd’hui April International Care au sein du groupe et comment évolue votre activité à l’international ?
Le groupe April compte aujourd’hui trois mille collaborateurs et quatre grandes business units. La santé internationale représente environ 25 % des résultats du groupe, ce qui en fait une activité stratégique. Historiquement, nous étions très franco-français, mais depuis quelques années nous avons fortement accéléré notre développement international. Nous sommes aujourd’hui présents dans quatorze pays avec des équipes locales, et nous couvrons les soins dans environ cent quatre-vingts pays. L’Asie représente désormais près de la moitié de notre activité internationale, avec à la fois des expatriés européens et des populations locales qui achètent nos produits pour accéder à des soins de meilleure qualité. Nous avons environ 180 000 assurés et notre portefeuille progresse naturellement. Sur nos offres européennes, environ 60 % des assurés sont français, mais seulement 30 % à l’échelle mondiale, car nous développons de plus en plus de marchés internationaux. La répartition est aujourd’hui proche de 50 % d’individuels et 50 % de groupes.
Qui sont vos clients et comment les accompagnez-vous concrètement sur le terrain ?
Nous couvrons tous types de profils : expatriés individuels, autoentrepreneurs, fondateurs d’entreprise, étudiants, salariés envoyés à l’étranger par leur entreprise… Nous assurons notamment les programmes Vie (Volontariat international en entreprise), soit environ 10 000 jeunes envoyés à l’étranger chaque année. Le point commun reste le même : des personnes vivant à l’étranger qui ont besoin d’un accès rapide à des soins de qualité à un coût raisonnable. Nous travaillons avec un réseau d’environ 2 millions de prestataires de santé dans le monde – hôpitaux, centres médicaux, spécialistes –, ce qui nous permet de proposer du tiers payant dans de nombreux cas. Mais il est impossible de couvrir chaque prestataire sur la planète. C’est précisément pour cela que nous avons développé la carte Easy Pay Card : pour combler les situations où aucun partenariat n’existe.
Vous avez lancé Easy Pay Card avec la banque en ligne manager.one. Quelle était l’ambition initiale et comment fonctionne-t-elle concrètement ?
L’idée était de lever un problème très simple mais très concret : l’avance de frais. Nous couvrons des expatriés partout dans le monde et certains soins peuvent coûter 6 000 €, 10 000 €, voire davantage. Dans certains cas, nos assurés ne peuvent pas avancer ces montants… et parfois ils ne peuvent même pas entrer à l’hôpital faute de carte bancaire ou de plafond suffisant. Nous voulions une solution universelle, acceptée partout, y compris chez un dentiste isolé ou dans un centre médical hors réseau. C’est pour cela que nous avons choisi une carte basée sur un réseau international – Visa – et non un système fermé. La logique est simple : au lieu de payer puis d’être remboursé via notre application Easy Claim, nous avançons l’argent si le soin est couvert. La carte est gratuite pour l’assuré et accessible à tous nos clients, même si elle n’est activée que lorsqu’un besoin réel se présente. Aujourd’hui, plusieurs milliers de transactions passent déjà par cette carte. Après la réception du devis de la part de l’assuré, le gestionnaire de compte active la carte de ce dernier, en paramétrant un montant, une périodicité et un type de catégorie « santé » qui permettra de valider la transaction uniquement sur un terminal de paiement (TPE) présent chez un professionnel de santé ou un hôpital.
Quel impact concret cette innovation a-t-elle eu sur votre activité et sur la maîtrise des coûts ?
Elle joue un rôle fort en acquisition, surtout sur les appels d’offres corporate. Les DRH veulent des solutions simples pour leurs salariés expatriés. Easy Pay Card améliore aussi la fidélisation. Nous avons eu des cas au Canada où des assurés ne pouvaient pas entrer à l’hôpital faute de carte bancaire. Notre carte supprime ce type de stress. Et sur le plan financier, le paiement immédiat nous permet parfois d’obtenir jusqu’à 40 % d’économies sur certains soins. Nos équipes d’acheteurs négocient déjà environ 15 à 20 % de réduction grâce au volume que nous apportons aux hôpitaux.
Comment sont organisés vos équipes et votre modèle de distribution ?
April International compte environ quatre cents collaborateurs, répartis entre l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Sud. Nos équipes fonctionnent 24/7 sur trois continents – Paris, Mexique et Asie – pour accompagner les assurés dans leur fuseau horaire, gérer les remboursements et assurer l’assistance médicale. Nous travaillons avec environ une centaine de courtiers spécialisés dans le monde. La distribution se fait majoritairement via des partenaires – environ 80 % – et entre 20 et 30 % via Internet, notamment pour les étudiants et les expatriés individuels.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis liés aux coûts médicaux et aux marchés internationaux ?
Certains marchés dérivent rapidement : États-Unis, Émirats, certaines zones d’Asie ou d’Afrique. Nous avons aussi eu une forte inflation des coûts à Mexico après la Covid-19, avec des prix devenus proches de ceux des États-Unis. Notre travail consiste à surveiller ces dérives, à négocier et à utiliser la carte comme levier pour mieux maîtriser les coûts.
Les budgets IA sont pilotés au niveau du groupe. Quel rôle jouent aujourd’hui la technologie, l’IA et la lutte contre la fraude dans votre stratégie ?
Le digital est naturellement un levier de transformation stratégique pour nous, qu’il s’agisse de l’IA avec plusieurs expérimentations en cours ou de l’exploitation des meilleures technologies pour améliorer l’expérience de nos partenaires et de nos clients. À titre d’exemple, nous travaillons notamment sur la lecture automatique des documents médicaux, car certains marchés restent très orientés papier. La fraude vient surtout de prestataires qui surfacturent. Nous analysons les données et comparons les prix moyens par pays. Si un médecin facture systématiquement 20 % au-dessus de la moyenne, nous le détectons rapidement. Grâce à la carte, nous pouvons aussi bloquer certains terminaux de paiement frauduleux.
Quelle est votre vision à trois ans pour April International Care et pour ce type d’innovation ?
L’assurance est un métier où la satisfaction client est souvent faible. Les assurés trouvent les contrats complexes et les remboursements trop longs. Notre priorité est donc claire : simplifier les parcours, accélérer les paiements et rendre l’expérience plus fluide.