Passé en septembre dernier sous pavillon Ardonagh, un courtier d’origine irlandaise peu connu du marché français, le groupe Leader Insurance s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire. Devenu directeur général d’Ardonagh France, le fondateur de Leader Insurance, Yoann Chery, détaille les ambitions de développement affichées par le nouvel actionnaire en France.
Le groupe Leader Insurance a été racheté en septembre dernier pour plus de 310 M€ par le courtier britannique Ardonagh Group, qui signe avec cette opération son arrivée sur le marché français. Pouvez-vous nous présenter Ardonagh ?
Cela faisait plus de quatre ans que Ardonagh avait la volonté d’exister dans le panorama français. Leur choix s’est porté sur le groupe Leader Insurance parce qu’ils ont vu en nous un chemin entrepreneurial parfaitement adapté à leur philosophie. Ardonagh est un groupe jeune, né en 2016, mais qui figure déjà dans le dans le top quinze des courtiers mondiaux. Il est installé dans 30 pays et emploie 12 000 salariés. Il gère environ 19 Md$ de primes, réalise près de 4 Md$ de chiffre d'affaires pour 1 Md$ d’ebitda. C’est un modèle qui n’est pas uniquement alimenté par du build-up ou du M&A, mais aussi par une croissance organique de 10 à 12 % par an. À chaque acquisition, Ardonagh conserve les marques, les équipes et les structures des courtiers qu’ils achètent : son modèle opératoire est d’agir comme une holding et de venir en soutien de ses acquisitions avec des solutions de portage de risques et accompagnement dans tous les processus de croissance externe. Aujourd’hui, l’Europe représente un peu moins de 10 % du chiffre d’affaires d’Ardonagh. C’est donc une région qui concentre beaucoup d’ambitions.
Vous avez été nommé directeur général d’Ardonagh France. Allez-vous continuer d’opérer sous marque Leader Insurance ?
Nous gardons la marque Leader en France, ainsi que celles des filiales comme Océaliz, Jurifisc ou SpringAssur que le groupe a rachetées l’an dernier. Cooper Gay, dont nous avons récemment fait l’acquisition, va également rester Cooper Gay. Ardonagh France est une marque que nous allons utiliser dans le cadre de la croissance externe pour valoriser l’appartenance à un groupe qui apporte des capacités, du support technique et des moyens financiers. C’est la volonté d’Ardonagh : 100 % des acquisitions du groupe ont conservé leurs marques historiques.
À l’origine spécialisé dans l’assurance construction, Leader Insurance a progressivement fait évoluer ses métiers pour devenir aujourd’hui un courtier multi-spécialiste. Quel est le plan stratégique mis en place avec Ardonagh ?
Leader Insurance a en effet entrepris une importante diversification de ses activités depuis deux ans. Auparavant, la construction représentait 85 % du chiffre d’affaires du groupe. Elle pèse désormais mois de 50 % de l’activité, alors même que ses volumes ont progressé de 15 %. Il était important, dans la valorisation et pérennité du groupe, d’avoir un ensemble plus équilibré. Nous sommes moins connus sur d’autres domaines, mais Leader Insurance est numéro un en France sur l’assurance RC professionnelle des commerçants ambulants et nous sommes dans le top cinq des courtiers en assurance automobile. Ardonagh veut poursuivre cette diversification. Nous n’existons quasiment pas en assurance de personnes et, au regard de notre portefeuille, nous pensons pouvoir exploiter le cross-selling, notamment dans l’assurance santé des TNS. Nous sommes d’ailleurs en train d’étudier une opération de croissance externe de courtage grossiste en santé.
Quelles sont les étapes à plus long terme et avec quelle ambition de conquête de part de marché Ardonagh Group arrive-t-il sur le marché français ?
Nous réalisons 105 M€ de chiffre d’affaires en France. À court terme, les ambitions d’Ardonagh sont de faire partie des tout premiers courtiers grossiste du marché. C’est une promesse qu’ils ont tenue dans les autres pays d’Europe où le groupe s’est installé, raison pour laquelle nous pensons pouvoir plus que doubler notre chiffre d’affaires d’ici trois ans. Dans le courtage grossiste en France, la marche pour devenir numéro un est très haute. La seconde place reste cependant à prendre. Nous ne voulons pas brûler les étapes, mais avec une importante opération de croissance externe structurante, les choses peuvent aller vite.
Justement, le marché du courtage est en pleine recomposition. Quelle est votre stratégie en matière de croissance externe en France ? Quels sont les profils de cabinets et les branches qui vous intéressent ?
Nous n’avons pas de limite de taille. Dans d’autres pays, Ardonagh a fait des opérations de croissance externe à 2 Md€ de valorisation. Nous ciblons des entreprises qui réalisent au minimum 2 à 3 M€ de chiffre d’affaires. Comme je l’évoquais, nous sommes intéressés par l’assurance de personnes où le groupe est très peu présent. Ardonagh a l’ambition d’accélérer très fortement le M&A en France.
Vous êtes un entrepreneur et le rachat par Ardonagh démarre une nouvelle histoire pour le Leader Insurance que vous avez créé en 2003. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis plus de vingt ans et comment décide-t-on qu’il est temps de céder le contrôle de l’entreprise qu’on a créé pour la faire évoluer ?
Je m’étais toujours promis de ne pas faire la guerre de trop et de ne pas devenir le fondateur qui ne sait pas laisser sa place. Après avoir fait deux deals de private equity avec LT Capital puis Abenex, je me suis posé la question de la suite. Est-ce que je refais un tour de table avec les contraintes qu’on connaît ou est-ce que je vais vers quelque chose de « game changer » ? Avec Ardonagh, j’ai été séduit par des entrepreneurs qui m’ont laissé une place au sein d’un groupe. Je suis CEO non-actionnaire d’Ardonagh France mais je suis en revanche partner d’Ardonagh Group. Ce n’est pas facile de laisser partir le bébé qu’on a élevé pendant vingt ans mais en même temps, je suis très heureux de ce choix, notamment pour les équipes de Leader Insurance à qui Ardonagh amène énormément de sécurité et de pérennité. Au sein du groupe, ma prise de recul va permettre de me concentrer sur le M&A et me rapprocher des courtiers dont je connais bien les préoccupations. A côté de cela, je poursuis également mes autres activités business hors assurance, notamment dans l’immobilier.