Gilles Bachelier, président d’Intériale, et Martine Carlu, directrice générale d’Intériale

« Il y a une fidélité à la marque Intériale qui perdure »

Publié le 5 février 2026 à 9h00

Louis-Christian de Baudus    Temps de lecture 9 minutes

Gilles Bachelier, président d’Intériale, et la directrice générale Martine Carlu, font le point sur une année 2025 riche en transformations. Revenant sur la victoire dans les appels d’offres santé et prévoyance du ministère de la Justice et la défaite dans celui de la santé du ministère de l’Intérieur, le groupe affirme sa volonté de capitaliser sur son modèle de mutuelle affinitaire pour se réinventer. Dans le cadre d’une réflexion stratégique en cours, des annonces devraient intervenir lors de la prochaine assemblée générale de juin.

Avec le gain de la santé du ministère de la Justice mais la perte de l’appel d’offres du ministère de l’Intérieur, quel bilan faites-vous de la PSC pour Intériale ?

Gilles Bachelier : L’année de nos 150 ans a été une année où nous avons été sur tous les fronts. Nous sommes très heureux d’avoir remporté avec Axa France l’appel d’offres du ministère de la Justice sur la santé obligatoire, mais également celui de la prévoyance facultative. Le ministère de la Justice a accepté une proposition de valeur qui correspond pleinement à notre raison d’être, car au-delà de répondre à un simple cahier des charges, nous avons voulu faire de la réforme de la PSC une véritable opportunité d’accompagnement des agents. Nous sommes certes déçus de ne pas avoir été retenus sur la santé du ministère de l’Intérieur, mais nous avons remporté deux appels d’offres sur les trois auxquels nous avons participé.

Martine Carlu : Au ministère de la Justice, ce sont plus de 120 000 personnes qui ont été affiliées en santé et nous avons enregistré déjà 12 000 adhésions en prévoyance facultative. C’est une réussite sur laquelle nous allons capitaliser pour, dans quelques semaines, nous positionner sur l’appel d’offres prévoyance du ministère de l’Intérieur.

Quels sont les impacts chiffrés de la perte des agents du ministère de l’Intérieur pour Intériale ?

G.B. : Il faut corriger l’image qui a pu être renvoyée sur le marché à travers le résultat de l’appel d’offres de la santé du ministère de l’Intérieur. Nous avons réussi à fidéliser 95 % des agents du ministère de l’Intérieur à travers des garanties prévoyance. Et sur les retraités, qui avaient la possibilité de basculer vers le contrat collectif du nouvel opérateur, nous n’avons pas constaté de fuites. Il y a donc une fidélité à la marque Intériale qui perdure. Nous avons également poursuivi notre développement sur la fonction publique territoriale, en santé individuelle et en collectif, tout en intégrant la MIAG, mutuelle implantée en outre-mer, avec un effet rétroactif au 1er janvier 2025, ce qui nous permet désormais de nous diversifier sur l’interprofessionnel. Au bout du compte, Intériale a plus d’adhérents en 2026 qu’elle n’en avait en 2025. Le chiffre d’affaires va augmenter et nos marges de solvabilité sont renforcées.

M.C. : Comme l’ensemble du marché, la trajectoire économique d’Intériale sera impactée par les mesures réglementaires récentes, notamment la nouvelle taxe accompagnée d’un gel des cotisations.

Les agents du ministère de l’Intérieur ne pourront logiquement plus siéger au conseil d’administration d’Intériale. Quelles vont être les conséquences sur la gouvernance de la mutuelle ?

G.B. : Le conseil d’administration d’Intériale a déjà intégré des administrateurs de la MIAG. Concernant le ministère de la Justice, nous avons déjà des délégués qui siègent en assemblée générale et qui auront la possibilité de se présenter comme administrateurs en juin prochain, lors des élections pour renouveler, comme tous les deux ans, le tiers sortant du conseil d’administration. Nous avons fait le choix de ne pas passer par la cooptation ciblée et laisser les choses se mettre en place naturellement, dans le respect des instances mutualistes et de la souveraineté de l’assemblée générale.

M.C. : À travers la prévoyance, nous conservons l’essentiel des adhérents issus du ministère de l’Intérieur et, par conséquent, la gouvernance politique afférente issue de cette représentation.

Vous avez également décidé de quitter La Mutualité française. Pouvez-vous nous détailler les raisons qui vous ont poussés à mettre un terme à cette adhésion historique ? Est-ce, par exemple, une conséquence de la concurrence entre mutuelles qui sévit sur la PSC ?

G.B. : Notre départ est en effet lié à la PSC et au réalisme économique de la situation. Nous nous sommes sentis en décalage avec les positions prises par certains.

Pourquoi faire le choix d’adhérer à France assureurs ?

G.B. : Pour bénéficier de la solution DSN de La Mutualité française, il fallait en rester membre. C’est donc un choix technique et nous avons trouvé une solution auprès de France assureurs pour bénéficier de cette prestation.

Quelles sont vos ambitions sur la fonction publique territoriale et avec quel dispositif allez-vous concourir aux appels d’offres ?

M.C. : On a tendance à oublier que le nom « Intériale » est la contraction d’intérieur et de territoriale. C’est un marché historique sur lequel nous avons développé, depuis de nombreuses années et sans attendre la PSC, un savoir-faire qui représente 40 % de notre chiffre d’affaires. En 2025, nous avons remporté huit appels d’offres collectifs en santé et en prévoyance. Nous allons poursuivre cette trajectoire. Nous avons par ailleurs noué un accord de partenariat avec Enio qui va nous permettre d’élargir notre champ d’action sur ce sujet, en mettant en place des coopérations avec d’autres mutuelles pour répondre ensemble à certains dispositifs quand cela fait sens.

Avec l’accueil de la MIAG, Intériale s’ouvre sur la santé interprofessionnelle. Quels sont vos objectifs de croissance sur un marché très concurrentiel ? Comment souhaitez-vous vous différencier ?

G.B. : L’intégration de la MIAG s’inscrit pleinement dans notre stratégie de diversification et de développement territorial. Nous n’allons pas partir en conquête tous azimuts, mais de notre culture affinitaire pour aller toucher les domaines de la sécurité et un certain nombre de cibles que nous avons identifiées. Au niveau gouvernance politique, les choses se sont faites de façon remarquable avec le choix de la MIAG d’intégrer notre groupe et d’en devenir la marque interprofessionnelle.

M.C. : Nous n’avons pas de volonté de concentration absolue. L’idée est de faire vivre l’identité, les spécificités et les compétences propres à chacun tout en mutualisant avec un socle de fonctions supports communs. C’est déjà ce que nous faisons avec LMDE, la marque étudiants de notre groupe, et nous nous inscrivons dans cette même trajectoire avec la MIAG.

Intériale a choisi d’adhérer à Enio, une UGM dans laquelle vous souhaitez développer des collaborations avec d’autres mutuelles sur la réassurance, la fonction publique territoriale et la prévention. Les partenariats dans l’écosystème mutualiste sont-ils un pan fort de votre stratégie de développement ?

G.B. : Avec Enio, nous sommes sur une structure d’efficience opérationnelle pour trouver des synergies avec les autres membres dans un principe de liberté de choix et d’action. Il y a un grand respect mutuel et je suis très sensible à cette notion de « troisième voie » entre l’isolement et l’intégration prudentielle.

M.C. : Sur le plan opérationnel, nous avons décidé de trois territoires de coopérations immédiates. Le premier est celui de la réassurance, avec un programme qui a été coordonné par Enio et qui donne des marges de manœuvre supplémentaires à notre développement. Le deuxième, c’est la fonction publique territoriale avec l’idée de pouvoir, quand c’est pertinent, répondre avec d’autres mutuelles sur des appels d’offres où nous aurons identifié des synergies évidentes. Il n’y a pas de schéma prédéterminé. Nous pouvons être aussi bien partenaires que concurrents, mais dans un environnement de transparence et de confiance qui permet d’éviter les positions défensives. Le troisième axe, c’est la prévention. Il y a quelque chose de très fort qui nous rassemble au niveau des différentes mutuelles d’Enio avec cette conviction que notre rôle est aussi celui d’accompagner nos adhérents sur les questions de santé.

Un mot sur l’actualité de la LFSS 2026 qui a instauré une surtaxe exceptionnelle de 2,05 % assortie du blocage des prix des complémentaires santé. Que vous inspire l’inventivité des parlementaires ?

G.B. : Ces mesures traduisent avant tout la méconnaissance du Code de la mutualité et du fonctionnement des mutuelles. C’est également méconnaître les dispositifs réglementaires de Solvabilité II. Ce sont des paradoxes qui nous interpellent.

M.C. : Les acteurs de l’assurance sont contraints par des règles européennes de solvabilité qui nous demandent d’anticiper et d’ajuster notre politique tarifaire en fonction de la sinistralité pour pouvoir garantir le bon fonctionnement du système et de nos engagements. La loi sur le blocage des tarifs nous place en contradiction avec cette bonne règle de gouvernance.

Dans un univers de la mutualité qui se concentre, Intériale continue-t-il  aujourd’hui d’avoir les moyens de son indépendance ?

M.C. : Le vrai sujet derrière celui de la concentration, c’est d’abord celui de l’innovation et de la manière dont le marché de l’assurance se réinvente. Les investissements technologiques vont être déterminants pour les acteurs de demain. C’est ce qui guide nos travaux : quel sera demain le métier d’assureur en santé et prévoyance ? Qu’est-ce que les adhérents attendent de nous ? Qu’est-ce qui sera fondamental dans les parcours adhérents ? La notion d’instantanéité, rendue possible par une technologie différente, s’impose à nous et prend une dimension prégnante. Nous avons également des thématiques autour de la fraude et de la cybersécurité qui n’existaient pas de manière aussi forte il y a encore cinq ans. Autant de raisons pour lesquelles nous avons entamé, à la rentrée 2025, un travail sur la refonte de notre plan stratégique. Les résultats de la PSC impactent notre trajectoire et c’est le moment de se poser la question des investissements à réaliser et des choix qui s’offrent à nous. C’est une réflexion qui n’a pas encore abouti et nous visons l’assemblée générale de 2026 pour présenter nos premières orientations.

G.B. : On voit également très bien que l’intelligence artificielle va accélérer tous ces sujets de manière exponentielle. Mais ces éléments de construction de l’avenir doivent s’inscrire dans le souci de préserver notre spécificité de mutuelle affinitaire. Nous réfléchissons donc à tout cela avec humilité et responsabilité, sans oublier d’où nous venons.

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