Trois assureurs et deux spécialistes de la maîtrise des risques se sont unis pour créer Geoya, une solution de prévention des risques climatiques s’adressant à tous les profils d’assurés qui sera utilisable par l’ensemble des assureurs au cours de ce semestre.
« Face à l’accélération des événements climatiques et pour endiguer la hausse du coût des sinistres, il est indispensable de changer de paradigme et d’agir en prévention, souligne Hélène N’Diaye, directrice générale adjointe de Maif. Selon une étude de la CCR en 2024, 1 € investi en prévention permet d’éviter jusqu’à 8 € de dommages. Or, déployer un dispositif de prévention n’est pas simple pour un seul assureur. C’est pourquoi cinq acteurs du secteur ont mis leur énergie en commun afin de créer Geoya. » Issus de trois familles distinctes de l’assurance (une société d’assurance, une mutuelle d’assurance et un bancassureur), les trois porteurs de risques Generali France, Maif et Société générale assurances se sont donc associés à Saretec, acteur majeur de l’expertise technique après sinistre, et à Sixense, expert scientifique et technologique de la construction. Co-entreprise détenue par les cinq partenaires – même si ces derniers refusent de divulguer les détails de la composition du capital – Geoya a cependant vocation à étendre ses services à tous les assureurs qui souhaitent proposer un dispositif de prévention à leurs assurés, qu’ils soient un particulier, une entreprise, une collectivité locale ou une association.
Régis Lemarchand, directeur général délégué de Generali France IARD, compare la nécessité de s’impliquer dans la prévention des risques climatiques à la démarche qui prévaut vis-à-vis des risques de la route depuis plusieurs décennies : « Afin d’agir contre les risques climatiques, il ne revient pas seulement à l’État ou aux collectivités locales de se mettre en mouvement, mais à l’ensemble de la société. Si la prévention a permis de réduire la mortalité sur les routes, il a fallu des années de sensibilisation et d’actions auprès de nos concitoyens pour atteindre des résultats significatifs. Nous avons donc conscience que parvenir à les sensibiliser à l’égard des risques climatiques, en pleine expansion, va nécessiter un peu de temps. »
Approbation préalable
À ce stade, Geoya dont la direction générale a été confiée à Didier Cadic, précédemment responsable de l’innovation chez Generali France, est dans l’attente de l’approbation préalable par les autorités de la concurrence compétentes. Via Geoya, les porteurs de risques pourront proposer à leurs assurés un parcours de prévention reposant sur des diagnostics et un accompagnement adapté en fonction du profil. Les particuliers et les petites entreprises souhaitant faire appel à Geoya devront d'abord réaliser un autodiagnostic en ligne sur la vulnérabilité des bâtiments face aux risques climatiques. Selon le niveau de risque déterminé lors de cette première étape, un diagnostic à distance ou sur site effectué par un expert pourra venir compléter la démarche. Chaque diagnostic dressera une liste de solutions concrètes et donnera une estimation des investissements et des travaux à mener en vue de réduire les risques climatiques. Quant aux grandes entreprises, collectivités et associations, un diagnostic approfondi sur site leur sera proposé, un expert établissant un plan d’actions de remédiation sur mesure (étanchéification, rehaussement d’équipements sensibles, etc.). Puis ces structures seront accompagnées par Geoya pendant la réalisation des travaux.
Jean-Vincent Raymondis, président de Saretec, décrit la méthode qui sera utilisée par Geoya : « Grâce aux données que nous compilons au fil du temps, nous savons par exemple que 70 % des commerces inondés le sont par une hauteur d’eau inférieure à 30 cm. Nous tirons des enseignements de l’analyse des vulnérabilités que nous menons sur toute la France, nous observons s’il y a des risques aggravants puis nous en tirons des conclusions. » Dans un premier temps, Geoya va se concentrer sur les risques d’inondation avant d'étendre ensuite son champ d’action vers d’autres risques climatiques (retrait gonflement des argiles, grêle, tempête, etc.).
Quand l'assuré paye pour l'assureur
S’ils souhaitent faire appel à Geoya, les assurés devront payer les services de leur poche. Certains pourront cependant profiter des dispositifs de solidarité et de prise en charge qui restent propres aux politiques individuelles de chaque assureur. Côté financement des travaux, les entreprises de moins de vingt salariés, les particuliers et les collectivités territoriales ont la possibilité de recevoir une subvention du fonds Barnier si les biens sont situés dans une zone relevant d’un plan de prévention des risques naturels (PPRN). Car l'un des freins à l'appropriation de la prévention des événements climatiques par les assurés pourrait s’exprimer par la réticence à mettre la main au portefeuille pour des services et d’éventuels travaux dont bénéficiera leur assureur, étant donné que les risques couverts seront réduits.
Légende de la photo, de gauche à droite :
Laurent Boissier (directeur des opérations de Geoya)
Jean-Vincent Raymondis (président de Saretec),
Regis Lemarchand (directeur général de Generali France IARD),
Hélène N'Diaye (directrice générale adjointe en charge de la stratégie climat du Groupe MAIF),
Didier Cadic (directeur général de Geoya)
Philippe Bourrin (directeur relations client France de Société générale assurances)
Jean-Ghislain La Fonta (directeur général de Sixence)