Florence Lustman, présidente de France assureurs, et Paul Esmein, directeur général de France assureurs

« France assureurs insistera sur la souveraineté à l'occasion de la présidentielle »

Publié le 3 septembre 2026 à 9h00

Louis-Christian de Baudus   La Tribune de l'Assurance  Temps de lecture 6 minutes

Florence Lustman et Paul Esmein font le point sur les grands dossiers d’actualité et les tendances qui se dessinent dans l’assurance. Que ce soit dans le cadre de l’ouverture des discussions budgétaires ou de la campagne pour l’élection présidentielle de 2027, les sujets ne manquent pas. 

L’assurance vie continue de battre des records en 2026. Se dirige-t-on vers une année hors norme ?

Paul Esmein : L’assurance vie avait déjà enregistré des résultats en croissance en 2025. Sans nous livrer à des prévisions, l’année 2026 s’inscrit jusqu’ici dans la même dynamique, avec une collecte qui croît fortement et des prestations qui augmentent assez peu. La collecte nette ressort donc à un niveau élevé, sans toutefois atteindre le record absolu que nous avons connu au milieu des années 2000. Cela démontre en tout cas la confiance que les Français placent dans ce produit.

Le coût du risque continue d’augmenter pour les particuliers en assurance auto, habitation et santé. Dans un contexte marqué par des tensions sur le pouvoir d’achat, craignez-vous que le prix de l’assurance ne revienne au cœur du débat public et politique ?

Florence Lustman : Nous sommes conscients de la pression qui s’exerce sur le pouvoir d’achat des Français. C’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs années, nous appelons les décideurs politiques à prendre des mesures qui permettront de mieux maîtriser la fréquence et l’intensité des sinistres, mais aussi le coût de la réparation automobile. En santé également, la consommation de soins continue à croître fortement. Aujourd’hui, les complémentaires sont tout juste à l’équilibre technique. Le dynamisme des dépenses de santé, associé aux transferts et à la taxation, ne peut que se répercuter sur les tarifs.

En santé, de nouveaux transferts de charges ont été annoncés par le gouvernement en juin dernier. On voit que les débats sur le PLFSS 2027 s’annoncent difficiles pour les assureurs. Comment comptez-vous peser dans les débats ?

F. L. : La réunion que nous avons eue avec la ministre de la Santé en juin dernier portait sur un rehaussement potentiel des tickets modérateurs dès 2026. Il s’agirait alors d’une décision rétroactive au regard des tarifs 2026, qui n’a mécaniquement pas pu être prise en compte. De manière générale, quelle que soit la date d’application, il convient de prendre en compte l’impact sur les assurés.

Le terme « assurabilité » est à la mode. Considérez-vous qu’il y a un problème d’assurabilité en France ?

F. L. : Il ne faut pas galvauder ce terme. Il peut y avoir des situations très particulières qui relèvent de l’assurabilité, mais il n’y a pas de problème généralisé dans notre pays. Si je prends l’exemple des collectivités territoriales dont on a beaucoup parlé, nous avons reçu environ 150 saisines depuis la mise en place de la cellule CollectivAssur le 1er juillet 2025. Au regard des 35 000 collectivités territoriales, ce n’est donc pas le sujet systémique que certains ont pu décrire. Le deuxième exemple est celui de l’Observatoire de l’assurabilité de CCR, dont le premier rapport, sorti en juin dernier, démontre que les Français trouvent partout sur le territoire une offre d’assurance habitation face aux risques naturels.

Le rapport de l’Observatoire indique en effet qu’il n’y a pas de sujet d’assurabilité des risques climatiques en France, mais souligne quand même des signaux faibles. Comment faire pour qu’ils ne deviennent pas des signaux forts ?

F. L. : Ces signaux faibles résultent du croisement de la sinistralité en matière de risques naturels et du nombre d’assureurs présents dans chaque commune, qui va dans une fourchette de 20 à 30 par commune. Même lorsqu’une commune se situe en dessous de sa moyenne de référence, qui dépend de sa taille, l’offre demeure significative. Ce qui nous préoccupe depuis longtemps, c’est l’évolution à la fois des risques et du climat. Et sur ce point, la bonne réponse, c’est la prévention. C’est d’ailleurs sur ce thème que je me suis exprimée lors de la remise du rapport de l’Observatoire de l’assurabilité, en évoquant notamment le point de crispation révélateur autour du hold-up sur le fonds Barnier. En effet, alors que 520 M€ sont prélevés chaque année sur les cotisations d’assurance des Français, le fonds n’est alimenté qu’à hauteur de 300 M€. Quand j’ai demandé que l’intégralité des sommes versées par les Français soit affectée au fonds Barnier, il m’a été opposé des contraintes budgétaires.

P. E. : Il faut garder à l’esprit la forte concurrence qui caractérise le marché de l’assurance en France. Le grand public a aujourd’hui le choix entre plusieurs centaines d’acteurs pour s’assurer. Cette concurrence, extrêmement favorable au consommateur, n’est pas toujours la norme dans d’autres secteurs économiques.

La Cour des comptes a alerté sur la soutenabilité du régime Cat Nat en reprenant les modélisations de France assureurs sur la sinistralité sécheresse à horizon 2050. Comment faut-il appréhender ce risque ?

F. L. : La France est l’un des seuls pays où l’assurance face au risque de RGA existe de manière aussi développée, et il concerne une partie de plus en plus étendue du territoire français. On pourrait donc considérer qu’on s’éloigne de la définition d’un phénomène exceptionnel au sens du régime Cat Nat. Si certains ont pu évoquer la sortie de ce risque du périmètre du régime, nous pensons que cela aurait des conséquences pour les assurés : seules les maisons concernées chercheraient alors à s’assurer, ce qui rendrait difficile la mutualisation du risque et donc enchérirait sensiblement le prix de la couverture. Il faut être conscient de la chance que nous avons en France de bénéficier du régime Cat Nat. La vraie solution reste toutefois la prévention.

P. E. : C’est d’ailleurs le sens du projet Initiative sécheresse, que nous avons lancé en partenariat avec la Mission risques naturels (MRN) et CCR. Nous avons bien progressé sur le volet réparation, et l’ensemble des diagnostics a été réalisé pour le volet prévention. C’est un travail de long terme que nous allons poursuivre.

France assureurs entend-il parler avec l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle, notamment le RN ?

F. L. : En tant que membre du Medef, dans la mesure où mon agenda me le permet, j’assiste aux déjeuners organisés avec les chefs des partis. Dans ce cadre, je peux être amenée à échanger avec l’ensemble de ceux qui y sont invités.

Quels seront les principaux messages de France assureurs portés à l’occasion de la campagne présidentielle ?

F. L. : Nous parlerons beaucoup de souveraineté. Notre métier consiste à protéger, et la protection est une notion étroitement liée à celle de souveraineté. Nous l’évoquerons à travers trois axes. D’abord, l’assurance vie et la retraite : en investissant à plus de 80 % dans les entreprises situées en zone euro, les assureurs jouent pleinement le jeu de la souveraineté française et européenne. Ensuite, la santé : les complémentaires doivent être reconnues comme des acteurs de la prévention et de l’organisation des parcours de soins. Enfin, les catastrophes naturelles, qui ont un impact de plus en plus fort sur nos concitoyens et nos territoires : préserver le régime Cat Nat et renforcer la prévention seront nos priorités.

Propos recueillis par Sarah Noufi et Louis-Christian de Baudus.

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