Prévoir-Vie renforce son positionnement sur la dépendance avec le lancement de Solution soutien dépendance. Édouard Bidou, directeur général, et Fanny Gilbert, directrice marketing, reviennent sur l’évolution de la prévoyance dans l’activité de Prévoir-Vie, les enjeux liés au vieillissement de la population et la nécessité d’accompagner conjointement assurés et aidants.
Le groupe Prévoir a réalisé 665 M€ de chiffre d’affaires en 2025 (640,9 M€ en 2024), dont 609 M€ pour l’activité assurance (579,3 M€). Quelle place occupe aujourd’hui la prévoyance ?
Édouard Bidou : La prévoyance a toujours été au cœur de notre activité. Protéger les personnes et leurs proches des aléas de la vie fait partie de notre ADN, et ce depuis notre création en 1910. Elle représente aujourd’hui, en nombre d’affaires nouvelles, 54 % de notre activité. La prévoyance reste pourtant souvent mal comprise et confondue avec la complémentaire santé. Or, elles ne répondent pas du tout au même besoin. La prévoyance permet de maintenir tout ou partie des revenus lorsque l’assuré ne peut plus travailler, de faire face à certaines dépenses supplémentaires ou de protéger financièrement ses proches en cas de décès. Notre rôle est donc double : apporter une protection adaptée à chaque situation, mais aussi aider chacun à mieux comprendre les risques auxquels il est exposé et la manière de les anticiper. Au-delà de la prévoyance, nous avons également redynamisé la collecte en épargne, qui représente 29 % de notre activité, toujours en nombre d’affaires nouvelles. En chiffre d’affaires, l’épargne s’est fortement développée en 2024 (+105%) et 2025 (+14%) sur nos produits en primes uniques, portée par une dynamique de marché favorable.
Comment le risque de dépendance évolue-t-il avec le vieillissement de la population ?
Édouard Bidou : Le vieillissement de la population entraîne mécaniquement une augmentation du nombre de personnes susceptibles d’être confrontées à une perte d’autonomie. En parallèle, les évolutions de la société renforcent les besoins de protection : les familles sont parfois éloignées géographiquement et une majorité des Français souhaite pouvoir rester à son domicile le plus longtemps possible. Pourtant, la dépendance demeure un risque difficile à anticiper. Tant que l’on n’y a pas été confronté dans son entourage, il est difficile d’en mesurer réellement les conséquences. Elles sont bien sûr humaines, mais aussi pratiques et financières : recours à une aide à domicile, adaptation du logement, accompagnement dans les actes de la vie quotidienne ou, lorsque cela devient nécessaire, accueil dans un établissement spécialisé. Pour l’assureur, l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’allongement de l’espérance de vie. Il concerne surtout l’évolution de l’espérance de vie en bonne santé. Les progrès médicaux, notamment dans la prévention et la prise en charge des maladies neurodégénératives, peuvent faire évoluer cette durée. À ce stade, nous observons une progression des situations de dépendance cohérente avec les évolutions démographiques, sans alerte particulière sur notre sinistralité. Mais le faible niveau d’équipement – seuls 10 % des Français sont aujourd’hui couverts contre le risque de dépendance – montre que ce risque est encore insuffisamment anticipé.
Prévoir est un opérateur historique de ce marché, pourquoi lancer une nouvelle offre aujourd’hui ?
Édouard Bidou : Nous intervenons sur le marché de la dépendance depuis trente ans et avons fait évoluer nos contrats au fil des transformations démographiques, sociales et familiales. Cette expérience nous a permis de mieux comprendre les attentes des assurés, mais également les difficultés rencontrées par leurs proches. Aujourd’hui, une assurance dépendance ne peut plus se limiter au versement d’une rente lorsque la perte d’autonomie est installée. Elle doit aussi intervenir le plus tôt possible, contribuer à prévenir certaines situations de fragilité, favoriser le maintien à domicile et proposer des services concrets à l’assuré comme à son entourage. Nous nous sommes notamment intéressés très tôt à la situation des aidants. En 2015, nous avions lancé une offre qui leur était spécifiquement destinée. Nous avons cependant constaté que beaucoup de personnes ne se reconnaissaient pas comme aidantes, même lorsqu’elles accompagnaient quotidiennement un proche. Nous avons donc choisi d’intégrer directement cet accompagnement dans nos contrats dépendance.
Fanny Gilbert : Solution soutien dépendance est l’aboutissement de cette expérience. L’objectif est d’intervenir plus tôt, de favoriser le maintien à domicile et d’accompagner à la fois l’assuré et ses proches.
Que propose concrètement cette solution ?
Fanny Gilbert : Solution soutien dépendance se décline en trois formules : essentielle, équilibre et intégrale. Toutes prévoient le versement d’une rente viagère en cas de dépendance totale. Les formules Équilibre et Intégrale couvrent également la dépendance partielle, à hauteur respectivement de 50 % et 75 % de la rente souscrite. L’offre comprend aussi un capital destiné à financer l’aménagement du domicile, pouvant atteindre 10 000 €, ainsi que deux garanties optionnelles : 1 500 € en cas de fracture et 3 000 € lors du diagnostic de certaines maladies graves. L’objectif est d’apporter une aide financière dès les premières situations de fragilité et de permettre à l’assuré d’adapter plus facilement son environnement, avant que la perte d’autonomie ne devienne totale.
Édouard Bidou : Nous avons également voulu tenir compte de la durée de la dépendance. Lorsqu’elle se prolonge, les dépenses s’accumulent et les ressources personnelles peuvent progressivement s’épuiser. C’est pourquoi, après trois années de dépendance totale, la rente peut être majorée de 50 %. Cette disposition permet de renforcer la protection au moment où les besoins financiers deviennent souvent plus importants.
Quelle place les aidants occupent-ils dans cette nouvelle offre (9,3 millions de proches aidants en France selon la Drees) ?
Fanny Gilbert : Nous avons souhaité prendre en compte le duo formé par la personne aidée et son aidant. L’aidant peut être encore en activité professionnelle, avoir des enfants à charge et devoir, en parallèle, accompagner un parent en perte d’autonomie. Cette situation peut entraîner une charge physique et mentale considérable. Nous avons donc intégré plusieurs formes d’accompagnement : soutien psychologique, conseils dans les démarches sociales, préparation au rôle d’aidant, apprentissage des gestes adaptés et solutions de répit. Une assurance dépendance ne peut pas se limiter au versement d’une rente. Elle doit aussi proposer des réponses concrètes pour préserver l’équilibre de l’assuré et de son entourage.
Au-delà de l’indemnisation, quel rôle l’assureur peut-il jouer dans la prévention de la perte d’autonomie ?
Édouard Bidou : La prévention joue un rôle essentiel pour préserver l’autonomie le plus longtemps possible. Certains événements, comme une chute ou une fracture du col du fémur, peuvent provoquer une rupture dans le parcours de vie. Lorsque la récupération est difficile, ils peuvent accélérer l’entrée dans une situation de dépendance. Nous nous intéressons également à la notion de fragilité qui est un état réversible. Une personne peut ne pas être malade et rester autonome dans sa vie quotidienne, tout en présentant certains facteurs de risque physiques, cognitifs ou sociaux. Les identifier suffisamment tôt peut permettre de mettre en place des actions adaptées et de retarder, voire éviter, la perte d’autonomie. L’assureur peut contribuer à cette prévention en proposant des outils d’évaluation, des bilans et des services d’accompagnement. Mais il ne peut pas agir seul. Pour être pleinement efficaces, ces dispositifs doivent s’inscrire dans un parcours coordonné avec les professionnels de santé et les institutions publiques.