Fondée en 2022, Welfaire est une AssurTech dédiée aux travailleurs non salariés en santé-prévoyance. Jérémie Herscovic, dirigeant et cofondateur de Welfaire, revient sur la genèse du projet, son modèle, ses choix technologiques et sa vision de l’assurance.
Pouvez-vous revenir sur la création de Welfaire, votre parcours et celui de votre associé ?
Welfaire a été fondée en 2022. Même si la commercialisation date d’environ un an et demi, le projet a nécessité quasiment trois ans de travail en amont pour concevoir les offres, développer la technologie et trouver un assureur partenaire. Welfaire est née de la rencontre de deux profils très complémentaires. Mon cofondateur, Laurent Delacourt, est un expert reconnu de l’assurance de personnes. Il a participé à l’aventure Cyprès entre 2005 et 2017. Il constatait un vrai décalage entre les besoins des travailleurs non salariés et l’expérience proposée par le marché, notamment sur le digital. Il avait le sentiment que le modèle s’était quelque peu enrayé, alors même qu’il restait un véritable diamant brut, et souhaitait replacer l’expérience client au cœur du dispositif de l’assurance. De mon côté, je viens de la Tech. J’ai monté puis revendu une start-up qui n’avait rien à voir avec l’assurance à un groupe chinois. En découvrant ce secteur, je me suis rendu compte qu’il est immense, souvent perçu comme technique ou peu attractif, alors qu’il offre en réalité énormément d’opportunités d’innovation, notamment technologiques. L’intelligence artificielle a profondément transformé l’assurance, et c’est ce qui nous a conduits à créer une véritable AssurTech. Nous avons donc décidé de bâtir une entreprise d’assurance capable de maîtriser ses offres, ses prix et surtout son «stack» technologique*, entièrement développé en interne.
Avant d’entrer dans le détail, pourquoi avoir choisi le nom Welfaire ?
Le choix du nom est très important pour nous. D’abord, welfare signifie « le bien-être » en anglais. Ensuite, si on le francise, Welfaire peut aussi se lire comme « bien faire ». C’est exactement notre ambition : bien faire notre métier d’assureur. Nous avons aussi travaillé la sonorité : un nom simple, mémorisable, positif. Enfin, cela s’inscrit dans notre ton de marque. Nous avons une baseline : « L’assurance de nager dans le bonheur. » L’idée est claire : permettre aux indépendants de se concentrer sur leur activité pendant que nous nous occupons de leur protection.
Pourquoi avoir choisi de vous adresser exclusivement aux travailleurs non salariés ?
Il y a aujourd’hui environ 4,4 millions de travailleurs non salariés en France. Ce sont les professions libérales, les artisans, les commerçants, les entrepreneurs individuels et les autoentrepreneurs. En résumé, ce sont des personnes qui vivent directement de leur travail. Deux chiffres sont particulièrement parlants. D’abord, 88 % d’entre eux se disent vulnérables face aux risques de la vie. Un arrêt de travail, une invalidité ou un décès peut très rapidement mettre en péril une entreprise et une famille entière. Ensuite, 50 % ne sont pas couverts en prévoyance, ce qui est extrêmement dangereux. Par ailleurs, près de 90 % estiment que l’assurance est trop compliquée et pas suffisamment digitalisée. Le secteur accuse un retard culturel important sur ces sujets, notamment parce que l’assurance est un besoin primaire qui a longtemps fonctionné sans se réinventer. Or, aujourd’hui, les assurés utilisent des services digitaux performants dans tous les autres domaines et attendent la même exigence de leurs assurances.
Quelle est votre offre et comment s’articulent santé et prévoyance chez Welfaire ?
Nous proposons des offres de santé et de prévoyance, avec la possibilité de souscrire l’une ou l’autre indépendamment, car elles ne couvrent pas les mêmes risques. La santé permet de couvrir les soins et les hospitalisations du quotidien. La prévoyance intervient lorsque l’assuré ne peut plus travailler. Elle permet de maintenir ses revenus, de couvrir une partie des charges de son entreprise et de protéger sa famille en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès. Aujourd’hui, environ 90 % des indépendants sont couverts en santé, mais seulement 50 % en prévoyance. Pourtant, ne pas être couvert en prévoyance est aussi risqué que de conduire sans assurance. Il existe donc un enjeu majeur à la fois de protection et de pédagogie.
Combien d’assurés accompagnez-vous aujourd’hui et quel est leur profil ?
Nous comptons aujourd’hui environ 10 000 assurés, dont l’âge moyen est de 38 ans. Nous accompagnons tous types d’indépendants, avec toutefois une forte présence de professions intellectuelles comme les médecins, avocats, architectes, consultants ou dirigeants d’entreprise. Ce sont des profils pour lesquels le risque est mieux maîtrisé, ce qui est essentiel pour maintenir l’équilibre et la performance du portefeuille.
En prévoyance, quels types de sinistres observez-vous ?
Nous observons principalement des arrêts de travail courts, généralement autour d’un mois. Concrètement, sur notre portefeuille de 10 000 assurés, nous enregistrons environ une cinquantaine d’arrêts de travail. Ce niveau de sinistralité est directement lié au risque que l’on fait entrer dans le portefeuille. Pour proposer des tarifs attractifs, il est indispensable de sélectionner correctement le risque. Si l’on laisse entrer trop de sinistres, il devient impossible de tenir les prix dans la durée. La sélection du risque n’est jamais simple à expliquer, mais elle garantit l’équilibre du portefeuille pour l’ensemble des assurés. Aujourd’hui, notre ratio de sinistralité est inférieur à 100, ce qui signifie que le portefeuille est sain. Dès la première année sur la prévoyance, nous avons d’ailleurs généré du résultat pour notre assureur partenaire, ce qui est très rare à ce stade de développement.
Pourquoi avoir fait le choix de distribuer uniquement via des courtiers de proximité ?
C’est un choix assumé et structurant pour Welfaire. Nous avons décidé de ne pas faire de vente directe. La grande majorité des indépendants manque de temps et préfère confier ces sujets à un tiers de confiance, le plus souvent un courtier de proximité ou un expert-comptable. C’est d’autant plus vrai pour la prévoyance, qui reste un produit technique nécessitant un accompagnement humain. Welfaire distribue donc exclusivement ses offres via un réseau de courtiers de proximité. Aujourd’hui, nous travaillons avec environ 1 200 courtiers partout en France. Chaque assuré est systématiquement rattaché à un courtier identifié, même lorsqu’il nous contacte spontanément. Le courtier gère le conseil et la relation commerciale, tandis que Welfaire prend en charge toute la partie technique, digitale et le service client.
Quelle place occupent la Tech, l’IA et la rentabilité dans votre stratégie ?
Environ 50 % de nos coûts sont consacrés à la Tech et à l’IA. Tout notre «tech stack» a été développé entièrement en interne, ce qui nous permet de maîtriser l’ensemble de l’expérience client et courtier. Aujourd’hui, 90% du cycle de vie des contrats sont digitalisés. Les 10% restants concernent des développements fonctionnels plus spécifiques, intégrés de manière itérative, notamment pour répondre aux besoins exprimés par les courtiers et les assurés. Le reste des dépenses porte sur les équipes, le service client, le commerce, le marketing et la communication. Nous avons réalisé une levée de fonds de 4 M€ en 2022 afin de financer ce développement technologique, avec des fonds spécialisés dans la Tech, dont Daphni, le fonds de Xavier Niel ainsi que des business angels issus du monde de l’assurance. Nous ne sommes pas encore rentables, car nous sommes en phase de croissance, mais notre objectif est clair : devenir rentables dès l’année prochaine. Nous avons volontairement choisi une trajectoire de rentabilité maîtrisée plutôt qu’une croissance financée par des levées massives.
* Stack technique, ou tech stack, désigne l'ensemble des technologies et des outils utilisés ensemble pour développer une application ou un système.