Étude

Assurance vie : pas si verte que ça

Publié le 6 février 2026 à 11h30

Valérie Chrzavzez    Temps de lecture 3 minutes

Près d’un Français sur deux détient un contrat d’assurance vie. Présentée comme un levier de financement de la transition écologique, cette épargne reste pourtant largement exposée aux énergies fossiles, comme le révèle l’étude publiée par l’ONG Reclaim Finance. En cause : les fonds en unités de compte (UC), qui concentrent une part croissante de la collecte.

L’assurance vie repose sur deux piliers : le fonds euros, à capital garanti, et les unités de compte (UC), plus dynamiques mais aussi plus risquées. En 2012, près de 90 % des encours étaient investis en fonds euros, alors que 40 % de la collecte record de 2025 s’est orientée vers les UC (cf. Assurance vie : un refuge pour les épargnants français). Or, si la très grande majorité des assureurs vie français a pris l’engagement d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, ou de contribuer activement à l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris, seuls quelques assureurs vie intègrent leur offre en UC dans cet engagement.

7500 fonds passés au crible

Reclaim Finance a passé au crible 7 500 fonds en unités de compte distribués par 27 assureurs vie français. Résultat : 4 700 d’entre eux financent encore des entreprises développant de nouveaux projets d’énergies fossiles. « 62 % des fonds en UC analysés contiennent au moins une entreprise impliquée dans de nouveaux projets de pétrole, de gaz ou de charbon, un niveau comparable à celui observé en 2024 », déplore Ariel Le Bourdonnec, chargé de campagne assurance au sein de l’ONG. TotalEnergies, sixième développeur mondial de nouvelles ressources pétrolières et gazières, figure dans une UC étudiée sur cinq, et d’autres acteurs majeurs du secteur énergétique, comme Enel, Engie, Shell, Exxon ou BP, apparaissent également dans les portefeuilles analysés. Amundi, BlackRock et BNP Paribas figurent dans le top 3 des sociétés de gestion gérant des fonds distribués en UC exposés à des développeurs midstream dénonce le rapport, et sur les 27 assureurs vie français étudiés, seuls Green-Got et Goodvest proposent une offre sans développeurs d’énergies fossiles (les assureurs que nous avons contactés n'ont pas souhaité répondre). « Malgré leurs engagements climatiques affichés, des acteurs majeurs comme Crédit agricole assurances, Axa ou Allianz continuent de proposer des offres en UC dont plus de la moitié est exposée à des entreprises développant de nouveaux projets fossiles », confirme Ariel Le Bourdonnec. Le rapport Reclaim Finance souligne toutefois que de légers progrès ont eu lieu sur le charbon par rapport à 2024, notamment pour la Macif, la Maif et SMA vie.

Problème structurel

Les épargnants qui souhaitent orienter leur épargne vers des supports responsables ne peuvent pas se fier aux UC étiquetées « durables » ou « responsables ». En étudiant 1 300 UC qui se présentaient comme verts, Reclaim Finance a découvert que 47 % de ces fonds finançaient des projets d’énergie fossile. « Nous sommes face à un problème structurel », dénonce Ariel Le Bourdonnec. Pour mettre un terme à cette situation, l’ONG préconise d’imposer aux sociétés de gestion des critères plus stricts, sous peine de déréférencement. À ce propos, l’ONG salue la décision prise l’an dernier par BPCE assurances de cesser le référencement de nouveaux fonds UC exposés à des entreprises développant des projets fossiles et encourage les autres sociétés à faire de même. Enfin, Reclaim Finance en appelle aux pouvoirs publics, leur demandant de prendre des mesures pour faire cesser ce qu’elle considère comme l’angle mort des politiques énergies fossiles des assureurs vie, afin de limiter les pratiques de greenwashing.

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