L’assurance cyber connaît une dynamique commerciale favorable : les grandes entreprises ont porté l’augmentation des capacités souscrites et les entreprises moyennes entrent dans la danse. Mais au moment de dévoiler son étude annuelle sur l’assurance cyber (Lucy), l’Amrae souligne un décalage croissant entre la baisse des primes et l’augmentation des risques.
Selon la sixième édition de l'étude Lucy (LUmière sur la CYberassurance) de l'Amrae dévoilée fin mai, la diffusion de l’assurance cyber a fortement progressé en 2025. L’augmentation des capacités achetées par les grandes entreprises est de 18 %, atteignant le montant de 50 M€ en 2025. Ces grandes entreprises renforcent leur niveau de couverture dans un environnement tarifaire très favorable : -32 % sur ce segment. Et l’Amrae constate un quasi-doublement du nombre d’ETI assurées. « Cette évolution est liée à trois phénomènes concomitants, développe Philippe Cotelle, risk manager et pilote de l’étude. Le premier est la prise en compte beaucoup plus forte du risque cyber chez ces entreprises. Le deuxième phénomène, ce sont les conditions de marché, à la fois en matière de taux et d’accessibilité via la simplification des questionnaires techniques. Et le troisième, ce sont les efforts déployés par les courtiers d’assurance pour cibler ces entreprises, voyant que le segment des grands comptes est plus ou moins saturé. » L'étude note aussi que ce développement est davantage porté par des acteurs non traditionnels – MGA et InsurTech – que par les courtiers historiques. « Cela pourrait indiquer que l’entrée de ces entreprises dans l’assurance est en partie liée aux services de support technique proposés par ces nouveaux acteurs, moins présents chez les acteurs traditionnels », analyse Philippe Cotelle.
Au niveau de la sinistralité, l'étude Lucy brosse le portrait d’un marché « dont le volume de primes ne permettrait pas forcément de faire face à plusieurs sinistres majeurs ». Ce volume de primes est passé à 306 M€ en 2025 (contre 328 M€ en 2023), et le montant global des sinistres a augmenté dans le même temps, passant de 38 M€ en 2023 à 83 M€ en 2025. Selon Philippe Cotelle : « Le loss ratio global est de 27 %, donc c’est toujours très positif, mais quand on a en tête un sinistre majeur comme la cyberattaque qui a conduit le constructeur automobile britannique Jaguar Land Rover à stopper ses lignes de production pendant plusieurs semaines, soit un sinistre à 200 à 250 M€, on comprend qu’un ou deux sinistres majeurs suffiraient à déstabiliser le marché avec un retournement brutal. » Il cite comme exemple la situation de 2020, lorsque les prix avaient doublé en quelques semaines alors que les capacités étaient réduites de 25 %.
Dans le détail, le montant moyen des sinistres indemnisés est très stable pour les grandes entreprises. « Cela est lié aux investissements faits par ces grandes entreprises en cybersécurité », salue Philippe Cotelle. Un seul sinistre supérieur à 10 M€ a été indemnisé en France en 2025. En revanche, la facture des sinistres indemnisés pour les ETI a été multipliée par trois, et par deux pour les entreprises de taille moyenne (soit celles dont le chiffre d’affaires est compris entre 2 et 10 M€). « On pense qu’il y a une corrélation entre l’afflux de nouveaux entrants et la hausse significative de la sinistralité », précise-t-il. L'étude observe une hausse des petits sinistres, aussi bien chez les ETI que pour les grands comptes, sachant que sur cette période les franchises ont été revues à la baisse, mais aussi une hausse de l’intensité des sinistres pour les ETI. Le loss ratio sur ce segment est passé de 13 % en 2024 à 42 % en 2025. « Ce qu’on peut supposer, c’est que le niveau de maturité de ces entreprises est moins élevé et que le niveau de menace augmente en raison du contexte géopolitique et du développement de l’intelligence artificielle, qui rend les attaques plus efficaces », commente Philippe Cotelle.
Pour 2026, l’Amrae table sur la poursuite d’une forte compétitivité entre assureurs sur le segment toujours favorable des grands comptes. « Sur les ETI et entreprises de taille moyenne, le marché est plus risqué mais sera probablement nécessaire pour les assureurs, qui devraient continuer à souscrire pour sécuriser un certain volume de primes », conclut le pilote de l’étude.