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Droit & technique

Prévention : de l’incantation marketing à l’impératif d’assurabilité

Publié le 17 mars 2026 à 9h00

Julhiet Sterwen    Temps de lecture 9 minutes

Sous la pression de chocs comme le dérèglement climatique, la prévention devient la condition sine qua non de l’assurabilité de l’ensemble de la société, un impératif qui transforme profondément le rôle de l’assureur.

Rodolphe Boyer, partner, Julhiet Sterwen

Depuis près de trois décennies, la prévention occupe une place de choix dans le discours des assureurs. Des campagnes sur la sécurité routière aux bilans de santé offerts, les initiatives ont fleuri. Pourtant, force est de constater que ces efforts n’ont jamais véritablement fait basculer le modèle économique du secteur. Aujourd’hui, sous la pression de chocs exogènes comme le dérèglement climatique, l’explosion des pathologies chroniques et les risques systémiques cyber, la prévention n’est plus une option « responsable » ou un simple levier de fidélisation : elle devient la condition absolument indispensable de l’assurabilité de notre société.

Le mur du réel : un statu quo impossible

Ce changement de paradigme s’explique par le fait que les modèles de mutualisation classiques atteignent aujourd’hui leurs limites physiques et financières.

Face au défi climatique, l’assurance dommages est sous la menace de l’inassurabilité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022 et 2023, les épisodes de grêle et de sécheresse ont coûté plus de 10 Md€ par an aux acteurs du secteur(1). Le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA) menace aujourd’hui plus de 10 millions de maisons individuelles(2). Et cette tendance ne fait que s’aggraver. Selon la Caisse centrale de réassurance (CCR), le coût des catastrophes naturelles en France pourrait bondir de 40 % à l’horizon 2050(3). Dans certaines zones, la situation est tellement extrême que, le risque ne pouvant plus être tarifé, les assureurs se sont désengagés. C’est le cas dans des États américains touchés par des ouragans et des inondations répétées, ou dans des communes françaises après les crues de 2023. Si les assureurs ne parviennent pas à imposer des mesures de résilience comme le renforcement des fondations et les barrières anti-inondation, là aussi, ils n’ont d’autre choix que de se désengager.

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