Rebaptisée France épargne fin juin 2026, l’ex-Faider veut renforcer la défense des épargnants dans un contexte marqué par l’inflation et les incertitudes fiscales. Son président, Guillaume Prache, détaille ses priorités à l’approche de la présidentielle de 2027.
France épargne représente 67 Md€ d’encours à fin 2025. Comment ont-ils évolué ces dernières années ?
Nous étions autour de 62 Md€ à fin 2024 et de 56 Md€ à fin 2023. La progression est donc régulière. Elle résulte d’un mix entre la performance des produits et des marchés – notamment celle des actions – et la collecte nette. Mais, au niveau de la fédération, nous ne réalisons pas d’analyse très poussée de la collecte : notre préoccupation première reste la protection des intérêts des épargnants et du pouvoir d’achat de leur épargne. Les performances des fonds euros de nos membres s’échelonnent globalement entre 2,20 % et 3,90 %. La moyenne du marché se situe autour de 2,63 % en 2025. Les comparaisons sont néanmoins devenues plus difficiles avec le développement des bonus et des taux différenciés selon la part investie en unités de compte. Il y a également une difficulté accrue de comparaison des rendements entre fonds euros avec le renversement de la politique d’utilisation de la provision pour participation aux bénéfices alors qu’elle n’a cessé de s’accroître de 2012 à 2022. Elle décroît depuis 2023, en partie pour payer les « bonus » sur nouveaux versements, en partie pour booster le taux de base de rémunération des fonds euros, pour attirer la collecte dans un contexte de taux obligataires plus élevés.
Pourquoi avoir abandonné le nom Faider au profit de France épargne en juin ?
Notre raison d’être ne change pas : défendre les épargnants, notamment en assurance vie et en épargne-retraite. Mais le contexte est devenu plus difficile, avec les incertitudes fiscales, l’état des finances publiques, l’inflation et les interrogations sur les retraites. Nous avons voulu adopter un nom plus clair et plus visible. « France épargne » reflète mieux qui nous sommes et notre volonté de faire davantage entendre la voix des épargnants français auprès des pouvoirs publics. Nous sommes représentés auprès du ministère des Finances, du Comité consultatif du secteur financier, de l’AMF et de l’ACPR. L’épargne longue, et notamment l’épargne en vue de la retraite, joue un rôle essentiel pour les Français mais aussi pour le financement de l’économie. Cette importance n’est pas toujours suffisamment prise en compte.
Quel bilan tirez-vous des propositions que vous aviez formulées lors de l’élection présidentielle de 2022 ? Pourquoi certaines n’ont-elles pas abouti ?
Nous avions formulé plusieurs demandes et interrogé les candidats. Il y a eu certaines avancées, notamment en matière de transparence des frais et des performances. Des dispositions ont obligé les assureurs à publier davantage d’informations sur les frais totaux et les performances nettes de frais des UC. En revanche, certaines propositions, notamment sur l’assouplissement de la fiscalité des donations, n’ont pas abouti, malgré la réponse favorable d’Emmanuel Macron en 2022. Je pense qu’il s’agit surtout d’une question de priorité politique. Des mesures ont été prises dans d’autres domaines, mais les intérêts des épargnants ne sont pas encore suffisamment organisés et portés politiquement.
Quelles seront vos priorités pour l’élection présidentielle de 2027 ?
Nous avons constitué un groupe de travail et nous présenterons des propositions dans les prochaines semaines et les prochains mois. Un sujet central sera la fiscalité de l’épargne. Il faut notamment regarder la performance réelle, c’est-à-dire nette d’inflation. Ces dernières années, une grande majorité d’épargnants ont perdu du pouvoir d’achat tout en payant des impôts sur des rendements purement nominaux, en réalité fictifs. Nous voulons remettre cette question au cœur du débat.
Et quelles sont vos priorités au niveau européen avec Better Finance ? Et concernant l’épargne-retraite européenne ?
Une grande partie de la réglementation financière est désormais décidée au niveau européen. Nous travaillons notamment sur la transparence des frais et des performances et sur la « value for money », pour s’assurer que les épargnants en ont réellement pour leur argent. Better Finance doit publier à l’automne 2026 son étude annuelle sur les performances réelles des produits d’épargne de long terme en Europe. Nous suivons aussi notamment les travaux visant à relancer le produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle et à développer l’épargne-retraite professionnelle. En France, l’assurance vie et les PER constituent en quelque sorte nos fonds de pension.
L’Afer faisait partie des fondateurs de la Faider mais n’est plus membre de France épargne. Comment l’expliquez-vous ?
L’Afer est effectivement l’un des membres fondateurs. La conviction de France épargne reste que l’union fait la force. Les épargnants constituent une majorité mais ont tendance à être trop silencieux. C’est précisément pour leur donner davantage de poids auprès du public, des médias et des pouvoirs publics que la fédération a été créée et que nous avons choisi de devenir France épargne.
Pour quelle raison France épargne compte-t-elle 12 associations membres contre 13 jusque-là ?
Gaipare et Aper Zen ont fusionné, nous n’avons donc pas perdu d’adhérents. Le changement de nom en France épargne nous a aussi permis d’élargir notre présence sur les réseaux sociaux, notamment avec LinkedIn et YouTube. Cela a suscité l’intérêt de certaines associations et nous pourrions avoir de nouveaux arrivants prochainement.