Société d’expertise auprès des assureurs, Eurexo les accompagne dans un contexte de forte tension climatique et de transformation accélérée des pratiques. Visio-expertise, gestion déléguée, intelligence artificielle, nouveaux clients : Muriel Turc, directrice générale d’Eurexo, détaille les orientations stratégiques de la filiale française du Groupe CED, et la manière dont les relations entre experts et assureurs évoluent face aux enjeux de coûts, de délais et de qualité de service.
Quel est aujourd’hui l’état du marché de l’assurance et de la gestion des sinistres en France ?
Depuis plusieurs années désormais, le marché est sous très forte tension en raison des événements naturels. Pour la dixième année consécutive, la branche catastrophes naturelles est déficitaire, comme l'indique France assureurs dans son rapport sur l’assurance des évènements naturels. L’année 2024 a été marquée par des épisodes climatiques majeurs, comme les cyclones Chido à Mayotte ou Belal à La Réunion. En 2025, la situation est un peu moins violente : les fréquences et les coûts moyens se sont améliorés, mais les assureurs restent dans une logique de régulation des volumes d’expertise et des coûts, avec une vigilance accrue sur l’efficacité opérationnelle.
Comment les attentes des assureurs vis-à-vis des experts comme Eurexo ont-elles évoluées ?
Les assureurs attendent aujourd’hui des experts qu’ils interviennent plus rapidement et de manière plus efficiente. Historiquement, l’expertise reposait largement sur des déplacements systématiques sur site. Désormais, pour des dommages allant parfois jusqu’à environ 10 000 €, les experts doivent être capables d’intervenir à distance, via la visio-expertise notamment. Cette évolution transforme profondément la relation entre l’expert, l’assureur et l’assuré, en intégrant davantage de réactivité et de fluidité dans le traitement des dossiers. À titre d’exemple, la convention d’expertise amiable contradictoire permet désormais à l’expert « terrain » représentant l’assureur mis en cause de participer in situ ou en visio à l’expertise, facilitant significativement la planification du rendez-vous.
Pourquoi les expertises à distance prennent-elles autant d’ampleur ? Est-ce uniquement une question de coûts ?
Le coût est clairement un facteur, mais il n’est pas le seul. Le véritable enjeu pour l’assureur, c’est la rapidité d’exécution. Pour certains sinistres simples, la visio-expertise permet de traiter les dossiers plus vite en évitant le déplacement physique. La personnalisation des parcours est cependant à ne pas perdre de vue : mandater un expert sur place pour accompagner un assuré particulièrement perturbé par un sinistre, même mineur, est une pratique gagnante si cela correspond au besoin de l’assuré. Pour les dossiers plus complexes, l’expertise sur site reste indispensable. L’objectif est de trouver un équilibre entre rapidité, qualité d’analyse et efficacité économique. Le passage de la télé-expertise à la vidéo a d’ailleurs permis d’améliorer la précision de l’analyse des dommages.
Quelle part des dossiers est aujourd’hui traitée à distance ?
Cela dépend fortement des stratégies des assureurs et des mutualistes. Certains ne fixent pas d’objectif sur cette modalité en nous laissant définir la meilleure modalité d’expertise selon la complexité du dossier et les attentes du client, d’autres fixent des objectifs de traitement à distance de 15 à 50 %.
Quel impact anticipez-vous du changement climatique, notamment en matière de sécheresse ?
Nous anticipons une intensification des épisodes de sécheresse à partir de 2026, avec une augmentation du nombre d’arrêtés sécheresse. Cette projection s’appuie notamment sur le fait que 2025 a été la quatrième année la plus chaude enregistrée en France depuis le début des mesures en 1900. Eurexo s’est donc organisée et outillée notamment via l’IA pour absorber ces volumes de sinistres spécifiques, qui sont complexes, longs à traiter et très encadrés réglementairement.
Quelles sont aujourd’hui les grandes orientations stratégiques d’Eurexo ?
Eurexo travaille historiquement avec une quarantaine de clients majeurs, principalement des assureurs. Notre développement récent passe aussi par l’ouverture à de nouveaux types de clients, comme les courtiers, les bailleurs sociaux ou les collectivités territoriales, qui expriment des besoins plus spécifiques, notamment en gestion sous franchise ou en récupération de recours. Pour y répondre, nous mettons en place des dispositifs dédiés, avec un responsable de programme identifié comme point d’entrée, afin de proposer une relation plus personnalisée et plus structurée. Parallèlement, Eurexo s’est fortement diversifié dans la gestion déléguée des sinistres, en prenant en charge l’ensemble du processus, de la déclaration au règlement. Cette activité permet notamment d’aider les assureurs à absorber les pics de sinistralité liés aux événements climatiques. Aujourd’hui, plus de 50 collaborateurs sont dédiés à cette activité en France, principalement en auto et en dommages aux biens.
Enfin, nous avons développé une offre de réparation en nature mobilière, qui consiste à réparer ou remplacer les biens endommagés, par exemple des équipements électroniques touchés par un dégât des eaux. Cette activité s’appuie sur un réseau de plus de 200 artisans et sur des partenariats nationaux comme Fnac Darty afin de couvrir l’ensemble du territoire. Cette initiative s’inscrit dans notre démarche globale visant à décarboner la chaîne sinistre, ce qui s’est traduit également depuis 2024 par la conception de notre outil de chiffrage des dommages permettant de mesurer automatiquement les émissions CO₂ associées aux travaux de réparation et proposer des alternatives bas carbone.
Chiffres clés 2025
Chiffre d’affaires : 82 M€
Dossiers traités par an : 240 000
Collaborateurs : 800 à 820