Dans un contexte de crise du BTP et de pression sur la rentabilité technique, L’Auxiliaire affiche en 2025 une performance solide et engage un plan de transformation sur dix ans pour renforcer sa compétitivité.
« Ce n’est pas un plan stratégique classique, c’est un plan de transformation sur dix ans », explique Jérémie Garrot, directeur général de L’Auxiliaire, quand il se projette dans l'avenir de l’assureur spécialisé du BTP. L'entreprise enregistre un chiffre d’affaires de 281 M€, en hausse de 6 %, soit une progression nettement supérieure à celle du marché de l’assurance construction, limitée à 1 à 2 %. Ce volume se répartit entre environ 250 M€ en IARD et près de 30 M€ en assurance vie. Le résultat net atteint près de 10 M€, soutenu par la performance des investissements. En revanche, la rentabilité technique reste sous pression : « Notre résultat technique est légèrement négatif », précise le dirigeant, un niveau à l’équilibre une fois les produits financiers alloués intégrés.
Un marché en recul et une sinistralité plus coûteuse
Le contexte sectoriel pèse sur les perspectives. « Certains chefs d’entreprise nous disent qu’ils n’ont jamais connu une situation aussi difficile depuis trente ans », souligne Jérémie Garrot. La chute des mises en chantier, parfois divisées par trois selon les territoires, traduit un net recul de l’activité. Dans le même temps, la sinistralité évolue défavorablement. Si la fréquence des sinistres reste globalement stable, leur coût progresse. « Ce n’est pas le nombre de sinistres qui augmente, mais leur intensité », insiste-t-il, pointant notamment la hausse des dommages immatériels et l’émergence de nouveaux risques liés aux exigences réglementaires, comme la RE2020.
Pour compenser cette pression technique, L’Auxiliaire s’appuie sur une stratégie d’investissement revue en profondeur. Environ 60 à 65 % des actifs sont désormais orientés vers l’économie réelle, notamment la dette privée, le private equity et l’immobilier, soit plus de 700 M€ investis. Cette allocation permet de dégager un rendement supérieur à 3,5 %, générant plus de 40 M€ de produits financiers en 2025. Un levier essentiel pour contenir les tarifs dans un contexte inflationniste. La mutuelle a ainsi limité la hausse socle des primes à 2 % en 2025, malgré l’augmentation des coûts dans le BTP. « Notre objectif n’est pas de maximiser le résultat, mais d’offrir le meilleur service au meilleur coût », rappelle le dirigeant.
Une transformation interne avant la croissance
Avec environ 3 % de parts de marché, L’Auxiliaire conserve un potentiel de développement important face aux acteurs principaux du marché. Mais à court terme, la priorité n’est pas la croissance. « Sur les trois prochaines années, notre objectif n’est pas de nous développer, mais de nous transformer », insiste Jérémie Garrot. La mutuelle consacre entre 2 et 4 M€ par an à la refonte de ses systèmes d’information, avec un choix assumé de développement en interne. L’objectif est d’améliorer la réactivité et de simplifier les parcours client. L’intelligence artificielle est intégrée dans les processus pour exploiter les données historiques et automatiser certaines tâches.
Si la transformation technologique est engagée, le principal enjeu reste organisationnel. « Le plus compliqué, ce n’est pas la technologie, c’est l’humain », reconnaît le directeur général. L’Auxiliaire, qui compte environ trois cents salariés, a renforcé le management de proximité, réduit la taille des équipes opérationnelles et développé les dispositifs de formation pour accompagner le changement.
Repositionnement commercial et ambitions à long terme
L’assurance construction demeure le cœur de l’activité, avec environ 110 M€ de chiffre d’affaires. Elle est complétée par la flotte automobile, qui représente environ 15 M€, le bris de machine autour de 10 M€, ainsi que les garanties de prévoyance et de protection sociale, qui génèrent environ 10 M€ en propre et jusqu’à 50 M€ en coassurance.
Côté distribution, le modèle repose sur un équilibre entre réseau direct (55 %) et courtage (45 %). « Nous voulons travailler avec moins de courtiers, mais de manière plus qualitative », explique Jérémie Garrot, qui privilégie des partenariats durables avec des acteurs spécialisés.
La mutuelle s’appuie sur un réseau de treize agences, principalement implantées dans le Sud-Est, dont elle a renforcé l’autonomie. Elle revendique environ 15 000 clients, dont 6 000 à 7 000 sociétaires. Après s’être recentrée sur les PME, L’Auxiliaire prévoit de revenir de manière ciblée sur le segment des artisans. « L’artisan, c’est l’entreprise de demain », souligne le dirigeant. À plus long terme, la mutuelle vise une montée en puissance progressive, avec un objectif de 500 M€ de chiffre d’affaires à horizon 2035.
Au-delà des difficultés conjoncturelles, Jérémie Garrot anticipe des transformations structurelles du secteur. « Tous les acteurs de l’assurance vont être bouleversés par les nouveaux entrants et l’intelligence artificielle », estime-t-il. Dans ce contexte, L’Auxiliaire mise sur un positionnement hybride, combinant expertise technique et amélioration du service. « Notre objectif est simple : être meilleurs pour nos sociétaires, au meilleur coût », conclut Jérémie Garrot.