Éric Dana, directeur général de CPMS, et Samuel Dana, en charge des partenariats stratégiques

« Avec la dérive naturelle des dépenses de santé, les transferts de charges devraient représenter un minimum d'indexation de 10% »

Publié le 17 septembre 2026 à 9h00

Sarah Noufi   La Tribune de l'Assurance  Temps de lecture 6 minutes

Face aux nouveaux transferts de charges vers les complémentaires santé, Éric Dana, directeur général de Centre de prévoyance médico-social (CPMS), et Samuel Dana, en charge des partenariats stratégiques, alertent sur la hausse attendue des cotisations. Ils détaillent également les ambitions du courtier gestionnaire de complémentaires de la santé et prévoyance en matière de prévention et de lutte contre la fraude notamment.

Vous avez fait évoluer votre comité de direction en 2026. Pourquoi cette réorganisation et que traduit-elle de la stratégie de CPMS ?

Éric Dana : Il s’agit du renforcement d’une stratégie existante autour des enjeux réglementaires, de la maîtrise des risques et de l’audit. Nous travaillons en délégation de gestion pour une trentaine d’organismes assureurs – compagnies d’assurance, institutions de prévoyance et mutuelles – qui doivent répondre à des exigences réglementaires et de conformité de plus en plus importantes. C’est dans cette logique que Cécile Duboquet, directrice audit, contrôles et risques, a rejoint le comité de direction, tout comme Audrey Elkoubi, responsable de la sécurité des systèmes d’information, et Djamila Roussel, à la direction juridique. Nous voulons diffuser cette culture de la conformité et de la maîtrise des risques dans l’ensemble de l’entreprise. Les principaux sujets remontés par nos partenaires concernent notamment la conformité réglementaire, la LCB-FT, la sécurité informatique, la protection des données, la fraude, les contrôles internes et l’auditabilité.

Deux ans après son lancement, quel bilan tirez-vous de l’application MySofie Pay et quelles sont les prochaines étapes ?

Samuel Dana : MySofiePay confirme sa dynamique. Initialement pensée pour la médecine douce, la solution s’est progressivement ouverte à la médecine générale et au dentaire. Sur notre première entreprise pilote, un peu plus de 30 % des assurés se sont inscrits. Parmi ceux ayant effectué une première transaction, 44 % en réalisent une deuxième dans les mois qui suivent. C’est un signal intéressant car il montre l’adhésion au service. Nous avons lancé l’extension à l’ensemble du portefeuille CPMS. La médecine de ville sera testée à partir du 15 septembre et l’un de nos prochains grands objectifs sera le déploiement dans le dentaire.

Les nouveaux transferts de charges de l’Assurance maladie vers les complémentaires sont estimés entre 1,5 et 1,6 Md€. Quelles conséquences auront-ils sur les cotisations et sur votre activité ?

Éric Dana : Face à cet énième transfert de charges, qui vient s’ajouter notamment aux réformes concernant les franchises médicales, nous avons en face de nous des responsables politiques qui hésitent dans la résolution du sujet du déficit, pour ensuite imposer une loi en plein été malgré les avis défavorables de la Cnam et de l’Unocam, où l’État se désengage tout en fixant un gel des cotisations. Allons-nous assister à un nouvel amendement Guedj ? Nous estimons que cela pourrait représenter au minimum 10 à 11 % d’indexation des cotisations des complémentaires santé, en tenant également compte de la dérive naturelle des dépenses de santé. Il est encore trop tôt pour savoir précisément comment les assureurs vont répercuter ces réformes sur les cotisations, mais ils seront vraisemblablement amenés à revaloriser leurs tarifs. Pour CPMS, la relation client va être sollicitée pour répondre à toutes les questions, notamment celle de leur pouvoir d’achat qui va être impacté. Nous devrons donc faire preuve de pédagogie. Les entreprises devront également être accompagnées dans le pilotage de leur dispositif. La rétention (fidélisation des clients) pourrait également être mise sous tension, même si ces augmentations concerneront l’ensemble du marché. Le haut niveau de service et de conseil permettra de stabiliser les portefeuilles.

Face à ces transferts de charges successifs, le cadre réglementaire doit-il évoluer ?

Éric Dana : Le principal problème est l’incertitude et la soudaineté des réformes. Nous n’avons pas de véritable programmation pluriannuelle en matière de santé qui nous donnerait une visibilité à trois ou quatre ans. Les acteurs doivent donc s’adapter dans des délais de plus en plus courts. Il faudrait davantage de stabilité, avec une loi de programmation pluriannuelle en matière de santé fixant clairement la trajectoire et le partage entre les régimes obligatoires et complémentaires. Nous pourrions par exemple avoir une règle de répartition stable, de type 80/20. Lorsqu’un transfert de charges intervient, il pourrait aussi être accompagné d’une neutralité fiscale : 1 % de transfert pourrait correspondre à 1 % de taxation en moins sur les conventions d’assurance. Ce dont les professionnels, les assurés et les entreprises ont besoin, c’est avant tout de visibilité et de règles suffisamment pérennes.

Quels objectifs fixez-vous pour 2027 ?

Éric Dana : La grande majorité de nos objectifs 2026 ont été atteints. CPMS est devenu entreprise à mission, nous avons renforcé la maîtrise des risques et la gouvernance et nous avons dépassé les 500 000 personnes protégées. Nous enregistrons entre 7 et 10 % de croissance par an. En 2025, notre chiffre d’affaires a atteint 26 M€, contre 24,3 M€ en 2024, soit une progression d’environ 7 %. Pour 2027, notre objectif est de maintenir une croissance annuelle structurelle comprise entre 7 et 10 %, de maîtriser notre rentabilité et, pourquoi pas, d’étudier des opérations de croissance externe.

Après la digitalisation du parcours assuré, quelles sont vos priorités technologiques et quelle place l’IA va-t-elle prendre ?

Samuel Dana : Deux grandes priorités se dessinent. La première concerne la prévention. Nous avons développé avec Nova Santé une plateforme de santé connectée et prédictive autour de quatre thématiques : le sommeil, l’audition, le dentaire et la dermatologie, afin d’orienter les assurés vers le parcours de soins le plus pertinent. La deuxième priorité est la lutte contre la fraude. Notre conviction est qu’environ 80 % de la fraude sont constatés au moment de la prise en charge. Nous voulons donc renforcer les contrôles en amont, notamment grâce aux contrôles en temps réel. L’IA et l’automatisation doivent également nous permettre de réaliser des gains de productivité. Il est encore trop tôt pour disposer d’indicateurs précis, mais l’objectif est clair : pouvoir traiter davantage de dossiers avec les mêmes ressources.

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