Agnès Bruhat, directrice générale de MetLife France

« MetLife France a engrangé 25% d'affaires nouvelles l’an passé »

Publié le 26 février 2026 à 13h00

Louis-Christian de Baudus    Temps de lecture 7 minutes

Sur le marché français, MetLife a continué l’an passé d’affirmer son positionnement d’expert dans l’assurance emprunteur et la prévoyance. Une stratégie sur mesure portée par le courtage que le groupe accompagne depuis quelques années par une diversification appuyée sur l’affinitaire et les grands comptes. Agnès Bruhat, directrice générale de MetLife France, fait le point sur l’actualité du groupe. Retouvez l'intégralité de cette interview dans La Tribune de l'assurance de mars 2026.

Nous allons bientôt rentrer dans la période de communication des résultats 2025.Quels éléments pouvez-vous nous donner sur l’activité de MetLife France l’année dernière ?

MetLife France a connu une activité de vente soutenue, avec une croissance de plus de 25 % des affaires nouvelles constatée l’an passé. Cette progression vient de la prévoyance individuelle, notamment portée par le segment des travailleurs non salariés, mais également de l’emprunteur, où la mise en place de partenariats avec d’importants réseaux de courtiers en crédits immobiliers a dynamisé l’activité. Enfin, notre diversification sur l’assurance affinitaire porte ses fruits.

Comment s’organise actuellement votre distribution et envisagez-vous de nouveaux canaux pour diffuser vos offres ?

Le principal canal de distribution reste le courtage et les trois mille intermédiaires courtiers, agents généraux, conseillers en gestion de patrimoine ou family offices avec lesquels nous travaillons. Depuis quelques années, MetLife France s’est diversifiée en direction de l’assurance affinitaire et nous conservons une petite part de ventes directes, principalement digitales puisque nous avons arrêté les appels sortants sur la partie acquisition. En courtage, nous souhaitons élargir la base des acteurs avec lesquels nous travaillons en prévoyance. Concernant l’affinitaire, nous pensons avoir un potentiel de développement important, notamment sur les modèles d’assurances embarquées. À l’image de ce que nous faisons avec Younited, où notre produit emprunteur est intégré dans le parcours client de notre partenaire. Ou comme pour le produit assurance facture, qui garantit le paiement des factures en cas d’arrêt de travail, d’hospitalisation et de perte d’emploi, que nous distribuons en partenariat avec des fournisseurs d’énergie. C’est un modèle d’assurance qui peut s’appliquer à d’autres paiements récurrents (facture de téléphonie, loyers…) et sur lequel nous allons accélérer en 2026 et dans les années à venir.

L’assurance emprunteur demeure votre principal pan d’activité sur le marché français. Comment s’est portée cette activité en 2025 dans le contexte d’un marché immobilier tendu ?

Si l’emprunteur a constitué notre activité principale pendant de nombreuses années, aujourd’hui la situation a évolué : désormais, la prévoyance occupe une part tout aussi significative, témoignant d’un équilibre entre ces deux expertises. L’année a été divisée en deux, avec un premier semestre en forte augmentation et une croissance plus lente en deuxième partie d’année, en raison de l’attentisme créé par le contexte d’incertitude économique et politique. Le fait d’avoir étendu notre distribution, avec d’importants courtiers en crédits immobiliers, nous a cependant permis d’augmenter notre part de marché avec une progression de 25 % de notre activité de commerciale sur un an.

Les assureurs alternatifs continuent de déplorer des obstacles mis par les banques pour entraver la bonne marche de la substitution d’assurance emprunteur telle que permise par la loi Lemoine. Partagez-vous ce constat ?

Le dernier baromètre de l’assurance emprunteur que nous avons publié en novembre faisait remonter des freins qui semblent s’alléger, avec une résistance des banques ressentie comme plus faible par les courtiers sur le terrain. 80 % d’entre eux considéraient que les banques faisaient des difficultés à la résiliation en 2023, contre 55 % en 2025. Concernant la délégation primaire, la résistance des banques reste prégnante, mais poursuit son recul : de 72 % en 2023, le nombre de courtiers qui en font état passe à 44 % en 2025.

Vous vous êtes diversifiés sur la prévoyance individuelle et professionnelle. Avec quels produits, quelle stratégie et quels éléments de différenciation produit ?

Quand on parle d’éléments de différenciation, il est important d’évoquer notre force de vente. Pour un acteur de notre taille, le fait d’avoir trente-cinq inspecteurs répartis sur toute la France permet de travailler en grande proximité avec les courtiers. Côté produits, MetLife France continue de revendiquer une approche « expert » avec des offres construites sur mesure pour des segments précis. En emprunteur, tout comme en prévoyance d’ailleurs, nous avons notamment une spécialité reconnue sur les hauts capitaux. C’est un positionnement que nous avons également sur le marché des risques spéciaux avec la capacité de souscrire des capitaux décès jusqu’à 50 M€. En prévoyance, nous proposons une offre complète qui couvre tous les cas de figure, qu’il s’agisse de prévoyance familiale, de la prévoyance pour les TNS, les personnes clés, les associés ou même pour couvrir les frais de succession. Cette flexibilité a également été renforcée par la récente refonte des parcours de souscription de toutes nos offres, afin de permettre aux courtiers d’adapter en temps réel l’offre aux besoins du client. Tout cela participe à un positionnement un peu atypique sur les risques, que nous validons à travers une équipe d’acceptation des risques experte en souscription médicale et en souscription financière.

L’IA et la data sont au cœur de la transformation des liens entre les porteurs de risque et les courtiers. Comment appréhendez-vous ces évolutions et que mettez-vous en place pour proposer une relation attractive à votre réseau ?

L’ensemble de nos parcours de souscription destinés au courtage est entièrement digitalisé, avec des questionnaires de santé dynamiques. En interne, nous essayons de doter nos équipes de souscription et sinistres des outils les plus récents et nous utilisons déjà l’IA, notamment dans la lutte contre la fraude documentaire. Nous avons également des projets en développement pour simplifier la lecture et la reconnaissance des informations médicales que nous recevons sous différentes formes. Nous regardons également du côté des techniques prédictives qui peuvent nous permettre de mieux classer les risques par catégories. L’idée derrière tout cela est avant tout de faire gagner du temps aux équipes de sélection médicale, mais pas d’intervenir sur l’estimation et la décision autour du risque médical. Cela reste et restera du ressort de l’humain. Pour revenir sur la différenciation, la puissance des outils d’analyse nous offre également la possibilité d’avancer sur des thématiques précises : c’est le cas de l’endométriose où MetLife France a mis en place une grille d’analyse spécifique pour évaluer plus finement la situation, limiter les exclusions et donc faciliter l’accès à l’assurance aux femmes atteintes de cette maladie gynécologique chronique.

Vous êtes la succursale d’un grand groupe d’assurance américain. Comment vos actionnaires analysent-ils la situation politique actuelle et le contexte budgétaire français ?

Il n’y a pas de commentaire particulier sur la situation actuelle. Les Américains ont un côté très pragmatique. C’est une culture qui sait que, quoi qu’il se passe, il faudra toujours faire face à des vents contraires. Ce qui intéresse le groupe, c’est de savoir comment nous allons trouver les moyens d’être innovants pour continuer à développer nos activités.

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