Créée en 1989 et reconnue d’utilité publique, la Fondation Maif soutient la recherche scientifique pour mieux anticiper les risques sociétaux, climatiques ou technologiques. À sa tête depuis décembre 2025, Marie-Pierre Élie veut renforcer l’impact concret des travaux financés et diffuser davantage la culture du risque. Budget, priorités scientifiques, vision stratégique : la présidente détaille sa feuille de route.
Pourquoi la Fondation Maif a-t-elle été créée et quelle est sa mission aujourd’hui ?
La fondation existe depuis 1989 et a été reconnue d’utilité publique dès sa création, ce qui garantit son indépendance vis-à-vis de la Maif. Son conseil d’administration réunit notamment des représentants des ministères de la Recherche, de l’Enseignement supérieur et de l’Intérieur. L’idée était claire : un assureur ne peut pas intervenir seulement après le sinistre. La prévention et la recherche doivent être au cœur de l’action. La Maif a doté la fondation d’environ 25 M€ pour financer des travaux indépendants sur les risques, au bénéfice de l’intérêt général.
Comment vos travaux ont-ils évolué en plus de trente ans ?
Au départ, nous accompagnions surtout des thèses. Depuis une dizaine d’années, la fondation, qui s’appuie sur un conseil scientifique composé exclusivement de chercheurs bénévoles, a souhaité renforcer la notion d’impact. Nous travaillons aujourd’hui autour de quatre grands axes : la mobilité, les risques naturels, l’habitation et la vie quotidienne, et enfin le numérique. Le tout avec un regard attentif sur les risques émergents. L’enjeu est de passer d’une logique de simple prévention à une véritable culture du risque : anticiper, s’adapter et réduire la vulnérabilité des personnes, des biens et des territoires. Pour cela, nous mobilisons aussi les sciences sociales, cognitives et comportementales, car comprendre les comportements est essentiel pour faire évoluer les pratiques.
Pouvez-vous citer des recherches ayant eu un impact concret ?
Une étude sur les casques de moto a permis d’identifier des lésions liées à la mise en rotation de la tête lors d’accidents. Ce travail a contribué à faire évoluer l’homologation des casques après plusieurs années d’échanges avec les autorités normatives et le soutien de la sécurité routière. Nous avons aussi financé des recherches sur les voitures autonomes, qui ont montré que leur généralisation serait bien plus lente que prévu, ce qui a permis d’éclairer certaines pratiques en assurance. Aujourd’hui, nous travaillons beaucoup sur les batteries lithium-ion, notamment les risques d’emballement thermique et la difficulté d’éteindre ces incendies, un enjeu majeur pour les assureurs et les pompiers.
Comment sélectionnez-vous et financez-vous les projets ?
Tous les deux ans, nous organisons des sessions de réflexion entre conseil scientifique et conseil d’administration pour définir nos appels à projets. Le dernier porte sur l’habitat face au changement climatique : neuf projets ont été retenus sur quarante-huit dossiers. Nous finançons environ une dizaine de projets par an, avec un budget d’environ 1 M€. Les recherches durent trois à quatre ans et nous intervenons en cofinancement. Une équipe de cinq à six personnes suit les chercheurs au quotidien, se rend dans les laboratoires et veille à ce que les travaux aient un impact concret.
Sur ce budget d’environ 1 M€ par an, quelle part provient uniquement de la Fondation Maif, hors cofinanceurs ?
Le million d’euros évoqué peut varier d’une année à l’autre selon le nombre de projets retenus et leur coût. Cette somme correspond à l’engagement moyen de notre fondation, et couvre environ six à sept projets. Des projets dont nous prenons en charge autour de 50 % des dépenses. L’autre moitié étant en général apportée par d’autres financeurs (fondations, institutionnels), et une part importante également autofinancée, souvent via du temps de travail des personnels de recherche universitaires. Les projets durent entre deux et cinq ans, et nous en avons en général entre vingt et vingt-cinq en cours.
Comment arbitrer entre risques du quotidien et risques émergents ?
Les risques deviennent de plus en plus systémiques : un événement climatique, technologique ou humain peut avoir des effets en cascade. De plus, les nouvelles technologies, l’IA, le réchauffement climatique génèrent des phénomènes et des comportements nouveaux, porteurs de risques que nous devons comprendre pour développer des solutions afin de mieux prévenir les accidents. Le basculement massif vers des batteries lithium-ion, fortement instables et accidentogènes, en est un bon exemple ! Nous devons donc décloisonner les disciplines et ouvrir la recherche à de nouveaux champs scientifiques. La prévention reste centrale : dans le monde de l’assurance, on estime que 1 € investi en prévention permet d’économiser jusqu’à 8 € de sinistres. L’enjeu est de passer d’une logique de réparation à une logique d’anticipation, où chacun devient un acteur responsable.
Quelle vision souhaitez-vous porter à la tête de la Fondation Maif ?
Je m’inscris dans la continuité de mon prédécesseur, qui a renforcé la dimension d’impact et ouvert la fondation aux sciences comportementales et au design. Mon objectif est d’améliorer la lisibilité et l’utilité opérationnelle des travaux soutenus. Je suis convaincue que la recherche scientifique est la clé du progrès. La fondation doit être un espace où la connaissance se discute et s’élabore face aux urgences de demain : risques climatiques, assurabilité des territoires, intelligence artificielle… La science n’est pas une option, c’est la condition d’une action efficace et responsable. La priorité est donc de faire de la fondation un espace de dialogue entre chercheurs, acteurs de terrain et citoyens en vue d’éclairer ces urgences sociétales.