Etudes

Santé mentale : l'usage de l'IA s'enracine chez les jeunes

Publié le 15 mai 2026 à 15h47

Selon une enquête du Groupe Vyv et de la Cnil menée dans quatre pays européens (Allemagne, France, Irlande et Suède) près de 9 jeunes sur 10 utilisent une IA conversationnelle en France et près d'un sur deux y évoque des sujets personnels. Ces outils s'imposent comme des interlocuteurs en matière de santé mentale, non sans risques pour leur bien-être et leurs données. Un usage qui s'enracine chez les jeunes.

Au départ cantonnées à des usages scolaires ou professionnelles, les IA conversationnelles prennent une place croissante dans la vie des jeunes, jusqu'à investir une sphère plus personnelle. Elles deviennent, pour certains, un espace de confidence : 48% les utilisent pour parler de sujets personnels ou intimes, et 33% les considèrent comme un "psy" dans certains cas. Cette proportion atteint 46% chez les jeunes répondants souffrant d'anxiété.

Cette évolution traduit une transformation profonde des usages numériques : l'IA ne se limite plus à un outil ludique, elle devient un interlocuteur accessible, disponible à tout moment, perçu comme non jugeant et facile d'accès. Elle s'inscrit ainsi dans les parcours informels d'écoute, de conseil et de soutien dans la vie quotidienne.

En outre, cette adoption s'inscrit dans un contexte préoccupant. En France, plus d'un jeune sur quatre présente une suspicion de trouble anxieux généralisé. Dans ce paysage, l'IA conversationnelle apparaît comme un soutien supplémentaire.

Pour autant, l'enquête confirme que les liens humains demeurent centraux : amis et famille restent les premiers interlocuteurs des jeunes pour parler de leurs difficultés. L'IA ne s'y substitue pas, mais s'ajoute comme un relais complémentaire dans leur quotidien.

Cette place croissante s'accompagne d'un niveau de confiance important :

- 69% des jeunes estiment qu'une IA peut donner des conseils fiables ;

- 56% qu'elle peut garder secrètes les échanges avec elle ;

- et 51% qu'elle peut protéger les informations qui lui sont confiées.

Si la confiance est installée, la compréhension des enjeux reste partielle. Seuls 32% des jeunes déclarent savoir ce que deviennent les données qu'ils partagent avec ces outils.

Ce décalage se traduit par des situations d'inconfort : 34 % des jeunes ayant utilisé une IA pour des sujets personnels déclarent s'être déjà sentis mal à l'aise à cause d'un conseil reçu.

Dans le même temps, 85 % expriment le souhait de disposer de davantage d'informations sur les risques et les bonnes pratiques.

Un enjeu structurant nécessitant un renforcement de l'éducation au numérique

L'essor des IA conversationnelles constitue un défi nouveau pour les acteurs de la santé, de l'éducation et de la protection sociale. Une part croissante de l'expression du stress, du mal-être ou des difficultés personnelles se joue désormais en amont des parcours classiques de prévention et de recours aux professionnels.

Ce déplacement appelle une réponse collective : mieux comprendre ces usages, renforcer l'éducation au numérique, sécuriser les parcours et donner des repères clairs aux jeunes.

"Quand des jeunes se tournent vers une IA pour parler de leur stress, de leur mal-être ou de leurs difficultés personnelles, ce n'est pas un détail technologique : c'est un fait de société. Cette confiance nous oblige collectivement à mieux informer, mieux prévenir et mieux accompagner. L'enjeu n'est ni d'interdire ni de banaliser, mais de donner des repères clairs à une génération qui a déjà intégré ces outils dans sa vie quotidienne", a commenté Stéphane Junique, président du Groupe Vyv.

Dans ce contexte, cet acteur mutualiste de santé et de protection sociale en France et la Cnil ont lancé l'initiative européenne AI*me, afin de transformer ce constat en action. Cette plateforme vise à fédérer chercheurs, acteurs de santé, éducateurs et régulateurs pour mieux comprendre les usages, développer des outils adaptés aux jeunes et faire émerger, à l'échelle européenne, des repères de confiance en matière de santé mentale et de protection des données.

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