(AOF) - Alors que les cyberattaques continuent d’affecter des entreprises de toutes tailles, la question de la sinistralité cyber et de la capacité du marché de l’assurance à y répondre reste centrale. Longtemps perçue comme instable ou immature, l’assurance cyber a pourtant connu ces dernières années une transformation profonde.
Les analyses récentes, notamment celles partagées par Jean Bayon de La Tour, head of cyber international Howden, et par la Fédération européenne des associations de risk management (FERMA) à laquelle Howden a participé, dessinent un constat nuancé : la sinistralité demeure élevée, mais elle est désormais mieux comprise, mieux anticipée et mieux absorbée par le marché.
Une sinistralité cyber toujours présente, mais mieux maîtrisée
La cybermenace n'a pas diminué. Ransomwares, intrusions, sabotages informatiques ou interruptions d'activité continuent de générer des sinistres significatifs pour les entreprises, quelle que soit leur taille.
Cependant, le retour d'expérience accumulé ces dernières années a permis aux assureurs de mieux qualifier la nature des sinistres cyber :
- distinction plus fine entre sinistres fréquents à impact limité et événements plus rares, mais à très forte sévérité ;
- meilleure compréhension des chaînes d'impact, notamment lorsque l'attaque entraîne un arrêt prolongé de l'activité ou une perturbation de l'écosystème de l'entreprise.
Cette évolution marque une rupture avec les premières années du marché cyber, caractérisées par une forte incertitude sur l'ampleur réelle des pertes.
Fréquence en baisse, sévérité toujours élevée
Le rapport FERMA met en lumière une évolution contrastée de la sinistralité cyber.
D'un côté, l'amélioration progressive des pratiques de cybersécurité - renforcement des sauvegardes, segmentation des systèmes, sensibilisation des collaborateurs - tend à réduire la fréquence de certains attaques " opportunistes ". Ces attaques opportunistes correspondent à des cyberattaques non ciblées, automatisées et diffusées massivement, dont l'objectif est d'exploiter la première faille disponible : vulnérabilités logicielles non corrigées, mots de passe faibles, etc.
De l'autre, les sinistres les plus graves n'ont pas disparu. Lorsqu'ils surviennent, ils demeurent complexes, longs et coûteux, notamment en raison :
- des interruptions d'activité,
- des coûts techniques de remédiation,
- de la désorganisation opérationnelle,
- et parfois des impacts réputationnels.
Autrement dit, les incidents mineurs deviennent moins fréquents, mais ceux qui surviennent aujourd'hui sont plus lourds, plus complexes et peuvent avoir un impact durable sur l'entreprise.
Des assureurs aujourd'hui en capacité d'absorber les sinistres majeurs
Dans ce contexte, la capacité du marché de l'assurance à faire face à ces sinistres est déterminante. Selon l'analyse de Howden, les assureurs cyber disposent aujourd'hui de niveaux de réserves suffisants pour absorber des pertes significatives, y compris en cas de sinistres majeurs.
Cette solidité résulte de plusieurs évolutions :
- un cycle de rééquilibrage du marché depuis 2022,
- une discipline accrue à la souscription,
- une meilleure prise en compte des scénarios d'accumulation,
- et une sélection plus fine des risques assurés.
Les sinistres récents constituent ainsi un test grandeur nature démontrant que l'assurance cyber est désormais en mesure de jouer pleinement son rôle de transfert de risque.
Une relation assureurs-assurés plus mature
Au delà de la capacité financière du marché, les sinistres récents mettent également en lumière l'évolution de la relation entre assureurs et assurés.
Cette relation gagne en maturité et en transparence, portée par une meilleure compréhension mutuelle des risques et des mécanismes de garantie.
Les assureurs investissent davantage dans la clarification des contrats, afin que les entreprises comprennent précisément ce qui est couvert, ce qui ne l'est pas, et dans quelles conditions les garanties s'appliquent.
Une meilleure anticipation - qu'il s'agisse des scénarios de crise, des conditions de déclenchement des garanties ou de la qualité des informations fournies lors de la souscription - permet de rendre la gestion des sinistres plus fluide et plus efficace.
Elle permet également d'éviter les malentendus qui ont longtemps alimenté le sentiment d'opacité du marché. Cette évolution structurelle marque un pas important vers une relation plus équilibrée et plus efficace, au bénéfice de la continuité d'activité des entreprises lorsqu'un incident survient.