La distraction constitue l'un des principaux risques en matière de sécurité routière. Pourtant, son impact réel sur l'accidentalité reste difficile à quantifier. A l'occasion de l'Allianz Motor Day 2026, l'Allianz Zentrum für Technik (AZT) présente les résultats d'une vaste étude qui révèle que la distraction au volant serait beaucoup plus fréquente que ne le suggèrent les statistiques officielles. Selon ces travaux, elle interviendrait dans un accident de la route sur trois, soit comme facteur déclencheur direct, soit comme cause contributive.
Quand le design des habitacles prend le pas sur la sécurité
La multiplication des fonctionnalités dans les véhicules connectés rend nécessaire le recours aux écrans tactiles pour certaines commandes. Mais ces interfaces viennent désormais s'ajouter aux facteurs de distraction déjà connus. Des fonctions autrefois accessibles intuitivement, sans quitter la route des yeux, sont progressivement intégrées à des menus numériques. Régler la climatisation ou changer de station de radio nécessite ainsi souvent plusieurs manipulations sur un écran. Ces interactions conduisent les automobilistes à détourner leur regard de la route plus longtemps et plus fréquemment, au risque de compromettre leur sécurité.
"Nos recherches montrent qu'une même tâche peut nécessiter jusqu'à 25% d'attention visuelle en moins dans un véhicule que dans un autre. Cela nous dit quelque chose d'important : la distraction n'est pas seulement une question de comportement du conducteur. C'est aussi une question de conception. Une voiture n'est pas un smartphone. Lorsque la sécurité est en jeu, la fonction doit primer sur le design", a déclaré Dr Klaus-Peter Röhler, membre du Directoire d'Allianz SE.
Des temps de réaction inférieurs à ceux d'un conducteur alcoolisé
Pour évaluer l'impact de la distraction sur les réactions des conducteurs face à des situations critiques, Allianz et l'entreprise spécialisée en modélisation cognitive CogniBIT ont simulé quatre scénarios de circulation à partir d'un modèle cognitif de conduite, alimenté par des données réelles de suivi du regard.
Les résultats mettent en évidence une augmentation importante du risque de collision :
- Lors d'un freinage d'urgence sur autoroute, la proportion de simulations aboutissant à une collision passe de 18,2% chez les conducteurs attentifs à 54,3% chez les conducteurs distraits
- Lorsqu'un enfant surgit soudainement sur la chaussée, cette proportion passe de 3,9% à 11,2%. Dans 39% de ces collisions impliquant un conducteur distrait, celui-ci n'a pas du tout réagi.
- Dans les quatre scénarios simulés, les conducteurs distraits obtiennent de moins bons résultats que ceux des conducteurs dont le modèle simule une alcoolémie de 0,8 g/l de sang.
Ces résultats illustrent les conséquences potentiellement graves de quelques secondes d'inattention, notamment lorsque le conducteur doit réagir immédiatement à une situation imprévue.
France : un plébiscite inattendu des jeunes pour les boutons physiques
Les résultats de ces recherches font écho à la perception des automobilistes eux-mêmes. Selon une enquête menée par Allianz dans neuf pays (France, Allemagne, Australie, Autriche, Brésil, Espagne, Italie, Royaume-Uni et Suisse), la France affiche le plus faible taux d'accidents impliquant les conducteurs interrogés parmi les neuf marchés étudiés : seulement 12 % au cours des trois dernières années.
80% des conducteurs français interrogés considèrent que les technologies embarquées ont accentué la distraction au volant ces dernières années. Plus d'un tiers (38%) déclarent par ailleurs avoir déjà été confrontés, au cours des trois dernières années, à une situation critique liée à l'utilisation d'un écran tactile en conduisant.
Face à ces risques, les Français expriment une préférence marquée pour les commandes traditionnelles : 66% souhaitent pouvoir utiliser des boutons ou des commandes physiques plutôt que de recourir exclusivement aux écrans tactiles pour certaines fonctions du véhicule. Cette proportion atteint 82% chez les jeunes conducteurs de 18 à 25 ans, soit le niveau le plus élevé observé pour cette tranche d'âge parmi les neuf pays étudiés. Un résultat qui montre clairement que l'attrait pour les commandes physiques n'est pas une question d'âge.
Une responsabilisation individuelle en retrait
Si les conducteurs français sont largement conscients des risques de distraction, leur perception de leur propre responsabilité reste plus mesurée que dans tous les autres pays étudiés. 81% considèrent que la réduction de la distraction au volant relève avant tout de leur responsabilité, soit la proportion la plus faible parmi les neuf pays interrogés. Un résultat qui souligne l'importance de poursuivre les efforts de sensibilisation et de responsabilisation des conducteurs.
En matière de mesures de prévention, 53% sont favorables à une augmentation des amendes et 38% à une limitation de l'utilisation de commandes complexes pendant la conduite.
L'usage du téléphone au volant est également relativement faible : 32% déclarent reconnaitre écrire, au moins occasionnellement, des messages avec un téléphone tenu en main en conduisant, tandis que 20% déclarent avoir connu, au cours des trois dernières années, une situation critique liée à l'utilisation d'un téléphone tenu en main. Ces deux résultats figurent parmi les plus faibles des neuf marchés étudiés.
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