Etudes

AU Group : sécuriser les décisions stratégiques face à l'accélération des risques mondiaux

Publié le 4 juin 2026 à 11h15

Les risques auxquels font face les entreprises dans le monde se multiplient, s'accélèrent et changent de nature. Conflits armés, instabilités budgétaires, violences politiques, perturbations des chaînes d'approvisionnement : les zones de tension sont désormais protéiformes et ne se limitent plus aux géographies traditionnellement identifiées comme à risque.

Dans ce contexte, disposer d'une lecture rigoureuse et actualisée du risque pays, à la fois court terme et moyen terme, est devenu une condition indispensable à toute décision stratégique. C'est l'ambition du G-Grade, étude sur les risques pays portée par AU Group, courtier spécialisé en assurance-crédit et risques politiques, dont la dernière édition (deuxième trimestre 2026) couvre plus de 140 pays.

Le courtier dévoile ses principales conclusions sur une sélection de pays, comparant les notations entre le quatrième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026.

Depuis dix ans, le G-Grade s'est imposé comme un outil de référence pour les directions financières et les credit managers : conçu à l'origine comme un "grade des grades", il agrège les positions des principaux assureurs-crédit (Allianz Trade, Atradius, Coface, Credendo) pour offrir une vision synthétique et trimestrielle du risque pays.

Mais dans un contexte géopolitique inédit, cette lecture, essentiellement court terme et centrée sur le risque de crédit commercial lié à la situation économique et politique d'un pays, ne suffit plus. Les entreprises exportatrices et investissant à l'étranger ont besoin d'une vision plus granulaire, plus prospective. Une boussole capable de détecter des risques qui, s'ils ne se matérialisent pas immédiatement dans les impayés, peuvent menacer leurs actifs, leur outil de production ou la continuité de leurs opérations.

C'est dans cette logique qu'AU Group a fait évoluer structurellement le G-Grade. Deux nouvelles dimensions s'ajoutent désormais à la note crédit court terme : une note de risque souverain (retenant systématiquement la position la plus défavorable parmi S&P, Moody's et Fitch, pour évaluer la capacité d'un État à honorer ses engagements financiers dans la durée) et une note de terrorisme & violence politique (PVT), développée en partenariat avec Pangea Risk. Cette dernière évalue deux dimensions complémentaires : l'insécurité politique au sens large (guerres, terrorisme) et l'exposition aux grèves, émeutes et troubles civils (notamment SRCC et Guerre).

Ce triptyque analytique répond à un constat structurel : les risques PVT ne sont plus l'apanage de certaines zones. Des phénomènes autrefois perçus comme périphériques, telles que les violences politiques et instabilités civiles, touchent aujourd'hui des économies longtemps considérées comme stables. La vision court terme doit ainsi être complétée par une approche moyen terme, seule à même d'éclairer les décisions d'implantation, d'investissement ou de pilotage du crédit inter-entreprises dans un environnement durablement perturbé.

Moyen-Orient : des déclassements historiques aux effets mondiaux

Les variations les plus significatives de ce trimestre se concentrent au Moyen-Orient, où le conflit en cours et les risques pesant sur le détroit d'Ormuz se traduisent par des déclassements d'une ampleur rarement observée dans l'historique du G-Grade, en particulier sur les notes court terme.

Le Koweït enregistre la variation la plus marquée : 1,25 point (de 3,75 au quatrième trimestre 2025 à 5 au deuxième trimestre 2026). Le Qatar voit son risque augmenter de 1 point, les Émirats arabes unis de 0,75 point (avec une note qui reste solide à 3,25), et Bahreïn de 0,50 point, pour une notation désormais à 7,50, témoignant d'une vulnérabilité sensiblement plus élevée.

Ces ajustements traduisent un repositionnement des assureurs-crédit qui intègrent désormais les impacts attendus à moyen et long terme sur ces économies. L'interconnexion de ces marchés avec les grandes économies mondiales confère à ces mouvements une portée systémique : hausse des prix de l'énergie, perturbations des chaînes d'approvisionnement, pressions inflationnistes et effondrement de la confiance des investisseurs. Devant un conflit qui s'enlise, les assureurs rehaussent leurs prévisions de défaillances pour 2026. Les secteurs énergivores (métaux de base, chimie) ainsi que ceux de la consommation, de l'immobilier et de la technologie apparaissent particulièrement exposés. En l'absence de perspectives claires de résolution du conflit, le risque d'une crise financière d'ampleur ne peut plus être écarté.

Europe : fragilités persistantes et dynamiques positives d'intégration

L'Europe n'est pas à l'abri des chocs économiques actuels. La hausse des prix de l'énergie, amplifiée par les tensions au Moyen-Orient, fragilise en premier lieu les secteurs énergivores évoqués. La hausse des taux d'intérêt et l'inflation persistante pèsent simultanément sur la consommation des ménages, l'investissement des entreprises et les finances publiques d'États déjà endettés, ce qui crée un terrain propice à l'aggravation des défaillances d'entreprises.

Dans ce tableau contrasté, Chypre se distingue par une amélioration notable : sa note G-Grade court terme passe de 3,5 à 2,5, indiquant une baisse du risque de crédit. L'île affiche des fondamentaux macroéconomiques solides avec une croissance au-dessus de la moyenne européenne, un chômage à son plus bas depuis la crise financière (4,1% en 2025), un excédent budgétaire et une dette publique ramenée à 62% du PIB. Autres améliorations : le tourisme, qui représente environ 14% du PIB, bat des records, tandis que les investissements étrangers dans la construction dépassent 8 milliards d'euros.

La Croatie poursuit quant à elle sa trajectoire d'amélioration, portée par les effets durables de son intégration européenne. Depuis son adoption de l'euro et son entrée dans l'espace Schengen en 2023, les fonds européens soutiennent la modernisation des infrastructures et dynamisent l'activité économique. L'attractivité du pays auprès des investisseurs se renforce, et les défaillances d'entreprises ont reculé, un signe tangible d'une dynamique positive qui s'ancre dans la durée.

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