Dans un contexte d'inflation médicale persistante et de réformes réglementaires continues, WTW, l'un des leaders mondiaux du conseil et du courtage en assurance, dévoile les résultats de son analyse actualisée des dépenses de santé. Sur la période de janvier à mai 2026, les prestations moyennes par bénéficiaire affichent une progression de 5,3% par rapport à la même période de l'année 2025.
Cette évolution significative s'inscrit dans la continuité de la forte tendance observée depuis trois ans, après des hausses successives de 4,5% en 2023, 5,3% en 2024 et 4,7% en 2025. Face à ce constat, la dérive annuelle estimée par WTW pour l'année 2026 est de 5,4% et de 5,5% pour 2027.
L'hospitalisation et la médecine courante en forte hausse
La dérive de 5,3% constatée sur les premiers mois de 2026 est principalement tirée par deux postes majeurs, tandis que l'optique enregistre un léger repli :
- l'hospitalisation ( 14%) : cette hausse particulièrement marquée est portée par une augmentation de 11% de la fréquence de consommation par bénéficiaire. Cet effet est probablement lié à la mise en place progressive du dispositif ROC (dématérialisation des échanges entre les établissements de santé et les complémentaires santé), un facteur technique qui devrait se tasser au cours de l'année. L'évolution de la tarification nationale des prestations journalières et des forfaits journaliers (en janvier et mars 2026) accentue cette pression.
- la médecine courante ( 11%) : cette variation s'explique par la revalorisation en janvier 2026 de certains actes d'auxiliaires médicaux (évolution pour cette famille d'actes 5% sur le remboursement moyen, fréquence à 7%) et par les variations observées sur les actes techniques et de chirurgie ( 2% sur le remboursement moyen, fréquence à 12%).
- la pharmacie ( 5%) : une hausse portée par un remboursement moyen en augmentation de près de 7%, sous l'effet de l'évolution du calendrier vaccinal et de la prise en charge de nouveaux médicaments innovants et coûteux.
- le dentaire ( 5%) : porté par une hausse de la fréquence des soins ( 7%) et des Inlay/Onlay ( 6%). L'intégration au titre du 100% Santé, depuis janvier 2026, des couronnes et bridges en zircone (pour les dents non visibles) engendre une forte hausse de la consommation sur ce panier
- les consultations et visites ( 4%) : une hausse notamment tirée par les médecines douces ( 2% par acte, fréquence à 6,5%) et la revalorisation en janvier 2026 des bases de remboursement de certains spécialistes (gynécologues, psychiatres, pédiatres).
- l'optique (-1%) : seul poste en recul, qui se justifie par une diminution de 2% de la fréquence de consommation des équipements (verres et montures), malgré une hausse de 5% du remboursement moyen sur les lentilles.
Des incertitudes majeures pour le second semestre 2026 et 2027
L'analyse à long terme menée par WTW met en évidence un décrochage structurel : entre 2018 et 2027, les prestations de santé progressent en moyenne de 4% par an (avec un pic à 5,1% sur la période 2023-2027), tandis que le Plafond Annuel de la Sécurité sociale (PASS) n'augmente que de 2,3% en moyenne. Ce décalage confirme que la seule indexation sur le PASS ne suffit plus à garantir l'équilibre financier des régimes collectifs.
Cette trajectoire inflationniste pourrait encore s'alourdir sous l'effet de nouvelles mesures réglementaires, comme la prise en charge des traitements anti-obésité (depuis le 15 juin 2026) ou le remboursement des protections périodiques réutilisables pour les moins de 26 ans (prévu en septembre 2026).
Surtout, les projets gouvernementaux d'augmentation du ticket modérateur sur les actes médicaux dès cet été, combinés à l'intégration probable d'une taxe additionnelle de 2,05% des cotisations nettes (qui pourrait s'installer durablement dès 2027), font peser une lourde menace sur le budget sinistres des entreprises et des assureurs.
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