Le groupe de luxe a publié jeudi soir un chiffre d'affaires trimestriel de 3 345 MEUR, en repli de 1% à données comparables, avec un Gucci en baisse de 6%. Lors de la conférence audio, la direction a concédé que la marge opérationnelle du second semestre ne dépassera finalement pas celle du premier.
Le marché n'attendait pas de miracle. Le deuxième trimestre avait montré une croissance de 2% à données comparables, et Gucci avait limité sa baisse à 3% après une chute de 14% en début d'année.
Le troisième trimestre déçoit. Le chiffre d'affaires de Kering s'établit à 3 345 MEUR, stable en données publiées et en baisse de 1% à données comparables. Gucci réalise 1 291 MEUR, en recul de 6% à données comparables, soit 60 points de base sous le consensus établi par la société et 270 points sous le consensus Bloomberg, qui tablait sur 3,3%.
Le reste du portefeuille tient. Kering Jewelry progresse de 11%, Kering Eyewear de 4%. Hors Gucci, les ventes du réseau en propre de la division mode et maroquinerie gagnent 2%, Saint Laurent confirmant son retour à la croissance et Bottega Veneta affichant une progression à un chiffre élevé.
Le recul de Gucci pose problème
Les ventes du réseau de boutiques en propre, celles qui mesurent la demande réelle, chutent de 9%, soit près de trois points sous le consensus de la société. En face, les ventes en gros bondissent de 45%, à 120 MEUR, et représentent désormais 9% du chiffre d'affaires de la marque.
Kering explique cette envolée par une base de comparaison faible et des effets de carnet de commandes. Les analystes de Bernstein sont moins indulgents et se demandent s'il s'agit du signe d'une pression commerciale accrue sur le canal de distribution, ce qui serait selon eux négatif. Chez Jefferies, on note que la répartition entre détail et gros "a fait lever quelques sourcils".
La différence compte. Le gros consiste à livrer des distributeurs, pas à vendre à des clients. La demande finale recule donc nettement plus vite que le chiffre affiché.
L'Amérique décroche brutalement
Le détail régional, communiqué lors de l'audioconférence, est plus inquiétant que le chiffre global.
Les ventes du réseau en propre progressent de 1% en Amérique du Nord, contre 10% au deuxième trimestre. L'Europe de l'Ouest est stable après un recul de 1%, le Japon ralentit de 9% à 4%, et l'Asie-Pacifique passe de 1% à 8% de baisse, la Chine continentale restant le principal frein.
Selon Jefferies, les clientèles chinoise et américaine ont toutes deux ralenti d'environ 500 points de base par rapport au deuxième trimestre. Le consommateur américain aspirationnel, celui qui achète le premier sac d'une marque, s'est retiré.
Le trafic reste le point faible partout. En revanche, le taux de conversion et le prix de vente moyen progressent dans toutes les régions. Les clients sont moins nombreux et achètent mieux.
La marge du second semestre passe à la trappe
Lors de l'audioconférence de jeudi soir, la direction a confirmé que la marge opérationnelle courante de 2026 s'améliorerait par rapport à 2025. Mais elle a aussi indiqué que le second semestre ne dépasserait plus la marge de 12,8% réalisée au premier, ce qui était jusqu'ici l'un des jalons attendus par le marché.
Interrogée par ailleurs sur le maintien de l'objectif d'un retour à la croissance cette année, Armelle Poulou, la directrice financière, a refusé de commenter et renvoyé à la publication des résultats annuels.
Sa cotation américaine en ADR perdait 11%. Les courtiers ont suivi. Jefferies ramène son objectif de 220 à 200 EUR en conservant, Bernstein de 270 à 210 EUR, Barclays de 300 à 230 EUR, UBS de 285 à 224 EUR et Citi de 282 à 243 EUR. Jefferies abaisse ses prévisions de bénéfice par action de 4,3% pour 2026 et de 9,5% pour 2027, se plaçant ainsi 11,6% et 15,9% sous le consensus d'avant publication.
L'écart est parlant. Les cinq révisions les plus récentes se situent entre 200 et 243 EUR, quand la moyenne des vingt-cinq analystes suivant la valeur ressort encore à 261 EUR. Le consensus n'a visiblement pas fini de baisser. Le titre a clôturé jeudi à 213,50 EUR, en recul de 29,1% depuis le 1er janvier.
Kering a fermé 105 magasins nets sur neuf mois et vise désormais au moins 125 fermetures nettes sur l'année, contre 100 annoncées initialement. Luca de Meo, arrivé l'an dernier, vise toujours un doublement de la marge opérationnelle courante d'ici la fin de la décennie, à partir de 11,1% en 2025. La gamme Gucci Core arrive en boutique à partir de novembre.
Copyright (c) 2026 Zonebourse.com - All rights reserved.