En dépit de deux annonces majeures hier soir, Eramet chute de 14,44% ce mardi à 37,24 euros, signant la plus forte baisse au sein du SBF 120. Le groupe minier et métallurgique a confirmé le lancement d'une augmentation de capital de 500 millions d'euros au 4e trimestre 2026, comme évoqué en février dernier. Cette opération s'accompagne d'une hausse de l'engagement de l'Etat français dans le capital de ce groupe.
Cette baisse du cours est classique lors d'une augmentation de capital. A court terme, le marché anticipe la dilution de la valeur des actions et des droits de vote des actionnaires actuels.
Recomposition du capital : l'Etat devient le premier actionnaire
Pour soutenir la stratégie d'Eramet, l'Etat français, son actionnaire de référence, augmente sa participation par l'intermédiaire de l'Agence des participations de l'État (APE). Cette décision s'inscrit dans la politique menée depuis plusieurs années par la France pour sécuriser ses approvisionnements en métaux critiques, nécessaires à la souveraineté industrielle nationale et européenne.
Concrètement, l'Etat souscrira à l'augmentation de capital à hauteur de sa quote-part au capital d'Eramet et rachètera avec une décote de 5%, les droits préférentiels de souscription (DPS) de Sorame-CEIR.
Sorame (Société de recherche et d'investigations métallurgiques) et la CEIR (Compagnie d'études financières et industrielles du Rouvray) sont les holdings patrimoniales de la famille Duval.
A l'issue de ces opérations, l'Etat deviendra le premier actionnaire d'Eramet, dans la limite d'un plafond fixé à 50% du capital social tandis que la famille Duval verra sa participation descendre sous le seuil des 30%. Les flux d'actions seront encadrés par des options croisées d'achat et de vente entre les deux partenaires historiques. Si Sorame-CEIR devait souscrire à des actions dans le cadre de l'augmentation de capital, l'Etat lui consentira une option de vente. De son côté, Sorame-CEIR consentira une option d'achat à l'Etat sur les titres ainsi souscrits par Sorame-CEIR.
Un nouveau pacte d'actionnaires sera conclu entre l'Etat et Sorame-CEIR et la gouvernance sera modifiée pour refléter la nouvelle répartition du capital.
Si la recomposition du capital redéfinit la gouvernance, elle répond prioritairement à l'urgence d'un désendettement bilanciel.
Un levier financier indispensable pour assainir le bilan
Cette levée de fonds est capitale pour la santé financière d'Eramet. Comme le rappelle Portzamparc, le groupe minier français avait indiqué que l'augmentation de capital, annoncée en février dernier dans le cadre de son plan de financement, était nécessaire pour éviter d'être en risque sur ses covenants bancaires (il s'agit d'une clause de sauvegarde. On parle ici d'une clause d'un contrat de prêt qui, en cas de non-respect des objectifs, peut entraîner le remboursement anticipé du prêt). "Après une année 2025 compliquée et des pertes significatives, la dette nette du groupe minier s'est dégradée avec un levier ajusté à 5,5x et un gearing (ratio d'endettement net sur capitaux propres) de 125%, contrevenant aux obligations bancaires du groupe", rappelle aussi l'analyste.
Bien que la performance opérationnelle se soit améliorée au 1er semestre 2026, Eramet a rappelé dans sa communication semestrielle la nécessité de poursuivre le rétablissement de ses équilibres financiers, dans un secteur très exposé à la volatilité du cours des métaux.
Indispensable pour rétablir les équilibres financiers, cette augmentation de capital permettra de consolider sa structure du bilan. En outre, elle donnera à la société minière les moyens d'exécuter sa feuille de route stratégique et de renforcer son positionnement dans l'extraction et la transformation de métaux critiques indispensables à la transition énergétique, à la décarbonation de l'industrie et au développement de technologies stratégiques.
Les modalités d'émission et le regard des analystes
La réalisation de l'opération devrait intervenir avant la fin d'année. Elle reste conditionnée aux autorisations réglementaires, notamment à l'obtention d'une dérogation de la part de l'Autorité des marchés financiers (AMF) à l'offre publique obligatoire résultant de la modification des équilibres au sein du concert entre l'Etat et Sorame-CEIR.
Sur les 500 MEUR visés, 64% des droits sont couverts conjointement par l'Etat (27%) et la famille Duval (37%). Pour les 36% restants qui correspondent au flottant sur le marché, BoA explique qu'"une garantie de placement (underwriting) sera organisée. Les autres actionnaires de la société Eramet auront donc la possibilité de participer à l'augmentation de capital en exerçant leurs DPS durant la période de souscription.
La garantie de placement est un engagement souscrit par un syndicat de banques d'investissement pour garantir à l'entreprise que son augmentation de capital réussira intégralement. (Exemple : Si les investisseurs privés ou le public n'achètent pas la totalité de ces 36% restants et qu'ils n'en achètent que 25%, les banques garantes s'engagent juridiquement à acheter elles-mêmes le solde non souscrit, dans ce cas les 11% restants).
Analysant l'opération, Bank Of America (BoA) confirme sa recommandation à l'achat sur l'action Eramet et maintient son objectif de cours inchangé à 56 EUR qui intègre déjà l'hypothèse que le groupe métallurgique réalise une augmentation de capital de 500 MEUR à un prix proche du cours du marché. Selon la banque américaine, "l'émission de droits préférentiels de souscription comportera vraisemblablement une décote et rappelle toutefois aux investisseurs qu'une augmentation de capital avec décote équivaut à un placement au prix du marché combiné à une division du nominal (share split)".
BoA considère que le géant minier français "approche d'un point d'inflexion pour ses flux de trésorerie (cash-flow). Le géant bancaire note qu'"une fois la transaction réalisée, le versement de dividendes sera limité tant que le levier financier ajusté restera supérieur à 1,0x. Il anticipe d'autres catalyseurs potentiels issus de la monétisation d'actifs ou de cessions partielles.
Souveraineté industrielle et soutien des dirigeants
Cette réorganisation financière est saluée aussi bien par les pouvoirs publics que par la direction d'Eramet.
"Dans un contexte marqué par une compétition internationale accrue et par la nécessité de sécuriser les approvisionnements en métaux critiques, nous prenons un engagement ambitieux faisant de l'Etat le premier actionnaire de la société", a commenté Roland Lescure, ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
De son côté, Christel Bories, PDG d'Eramet, salue cet accord conclu par ses deux actionnaires de référence dans l'intérêt de son groupe : "Nous franchissons une étape essentielle pour consolider notre avenir, poursuivre notre feuille de route stratégique et contribuer activement à la sécurisation des approvisionnements en métaux critiques."
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