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A l'ère des drones de combat et de l'IA, le Rafale prépare sa mue

Publié le 1 octobre 2026 à 15h59

La guerre en Ukraine a redessiné les champs de bataille. Essor des drones, automatisation... le retour de la guerre de haute intensité oblige l'armée française à repenser l'avenir de son aviation. Un avenir qui devrait passer par des drones de combat collaboratifs capables de voler aux côtés d'un nouveau standard du Rafale, le F5. Et ce projet a déjà un nom : HypAIRion.

L'ambition de l'armée française est claire : faire travailler de concert drones de combat et avions de chasse. C'est dans ce but que le projet HypAIRion a été lancé l'été dernier, porté par la Direction générale de l'armement (DGA) et l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense (AMIAD). Son but ? Expérimenter une nouvelle architecture mêlant IA, autonomie et systèmes ouverts.

Très concrètement, il s'agira de permettre aux avions et aux drones d'échanger des données et de se répartir certaines tâches de mission. Des enseignements qui seront précieux pour préparer l'arrivée du Rafale F5, attendu à l'horizon 2033.

Pas question, donc, de remplacer le fleuron de l'armée de l'air française. "Nous avons la certitude que le Rafale est et restera le coeur du combat aérien", explique le colonel Cédric, chef du bureau développement capacitaire de l'état-major de l'Armée de l'air et de l'espace.

En revanche, cette nouvelle couche technologique permettrait d'"épaissir" le système de combat autour de l'appareil : les drones pourront voir plus loin, pousser l'adversaire à dévoiler sa position en activant ses radars, mais aussi emporter leurs propres armements ou encore accomplir des missions jugées trop risquées pour un appareil habité.

Des drones autonomes aux côtés du Rafale

Le défi technique est de taille : un pilote doit déjà gérer son appareil et ses capteurs, analyser la situation tactique, communiquer avec le centre de contrôle et choisir les actions à mener, le tout dans un environnement dense, mouvant et stressant. Pas question, donc, de lui demander en plus de piloter plusieurs drones.

C'est pourquoi l'AMIAD travaille sur l'autonomie de mission et le commandement et contrôle (C2), avec l'idée d'entraîner les modèles sur des données opérationnelles, de déterminer quelles décisions peuvent être prises par chaque plateforme et de sécuriser les algorithmes.

Mais, à ce rythme, aura-t-on encore besoin d'un humain dans l'avion ? "Son remplacement n'est pas du tout à l'ordre du jour", promet le colonel Thibault, sous-directeur chargé de l'emploi de l'IA au sein de l'AMIAD. Outre le défi technologique colossal que cela représenterait, le militaire pointe des raisons opérationnelles et éthiques : l'IA n'est pas infaillible, et la dernière décision doit rester l'apanage de l'humain.

Le Rafale F5 préparé pour l'IA

Cette nouvelle technologie pourrait en revanche nettement accélérer la prise de décision des équipages, tout en allégeant leur charge de travail. Un exemple très concret ? L'IA pourrait être intégrée dès l'année prochaine à un pod de désignation laser capable d'analyser automatiquement des images, puis de détecter et de catégoriser des véhicules ou des menaces potentielles.

L'équipage n'aura alors plus qu'à consulter les vignettes sélectionnées pour identifier les cibles d'intérêt. C'est en tout cas la promesse faite par l'armée quand elle évoque le standard F5. La DGA travaille notamment au renforcement des capacités de calcul embarquées, à une plus grande ouverture de l'architecture, à la gestion des données et à l'apprentissage des algorithmes à partir des informations recueillies en mission.

Des "ordinateurs qui volent"

L'un des enjeux les plus structurants d'HypAIRion concerne d'ailleurs cette architecture évolutive. L'Armée de l'air veut disposer de systèmes ouverts et modulaires, maîtrisés par l'Etat, afin de pouvoir les adapter rapidement à l'évolution des menaces.

"Nous finirons les conflits et les batailles avec des équipements différents de ceux avec lesquels nous les avons commencés", prévient le colonel Cédric. Concrètement, un pilote confronté le matin à une nouvelle menace pourrait rentrer à sa base, exploiter les données recueillies, puis repartir avec un système adapté pour mieux y répondre.

L'ambition est donc de pouvoir modifier beaucoup plus rapidement les équipements, notamment par des mises à jour logicielles, avec, à terme, l'idée d'"ordinateurs qui volent". Deux Mirage 2000 doivent servir à expérimenter de premiers cas d'usage à Mont-de-Marsan dès la fin de l'année.

Si Dassault Aviation et les industriels du Rafale restent associés aux travaux, l'Etat compte conserver la maîtrise de l'architecture et pouvoir intégrer de nouveaux spécialistes de l'IA. Un enjeu autant industriel que militaire : éviter qu'une architecture trop fermée ne ralentisse l'intégration de nouvelles technologies.

Mobiliser un hub d'industriels

"Avec ce niveau d'ambition, on ne peut plus raisonner comme avant avec un pavé de 1 000 pages pour exprimer le besoin et 5 000 pages de clauses techniques", explique le colonel Thibault. Le ministère souhaite plutôt constituer un "hub industriel" réunissant grands groupes, PME et start-up, afin de pouvoir sélectionner les acteurs et les algorithmes les plus performants au fil du programme.

Le vol prévu en 2028 ne constituera ainsi qu'une première étape. Les expérimentations monteront progressivement en complexité et leurs enseignements, notamment entre 2028 et 2030, doivent nourrir le développement des futurs drones de combat collaboratifs appelés à accompagner le Rafale F5. À l'horizon 2033, l'enjeu ne sera donc plus seulement de disposer d'un Rafale plus performant, mais d'en faire le coeur d'un système de combat où avions, drones, capteurs et IA agiront de concert.

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