Le pessimisme est de retour sur les marchés européens, à l'inverse du climat d'enthousiasme qui prévalait juste avant l'apparition du conflit en Iran, selon l'enquête mensuelle de Bank of America (BofA) auprès des gestionnaires de fonds publiée ce mardi.
L'enquête - réalisée auprès de 200 gestionnaires d'actifs administrant au total 517 milliards de dollars - montre que les professionnels ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance en Europe en raison des retombées potentielles de la guerre au Moyen-Orient et du récent fléchissement des indicateurs macroéconomiques sur le Vieux Continent.
Désormais, un solde net de 32% des investisseurs anticipe un ralentissement de la croissance au cours des prochains mois, soit le niveau le plus élevé depuis octobre 2024.
A titre de comparaison, un niveau record de 74% des participants à l'enquête s'attendaient au contraire à une accélération de la croissance européenne au moment du début de la guerre, au mois de février, sous l'effet du plan de relance budgétaire allemand et de l'accroissement des dépenses de défense à l'échelle du continent.
Résilience américaine face aux doutes européens
A l'échelle mondiale, les perspectives apparaissent toutefois moins dégradées, seuls 14% des investisseurs interrogés estimant que l'économie mondiale est appelée à ralentir, contre 36% le mois précédent, grâce à la résilience des données macroéconomiques aux Etats-Unis, qui confortent le consensus sur une poursuite de la croissance outre-Atlantique.
L'inflation alimentée par les prix du pétrole est désormais perçue comme le principal risque pour les marchés, puisque environ 70% des sondés disent attendre une hausse de l'inflation sous-jacente au cours des douze prochains mois, tant en Europe qu'au niveau mondial, des niveaux inédits depuis respectivement 2021 et 2023.
Plus précisément, la stagflation est aujourd'hui considérée comme le scénario macroéconomique de référence pour 52% des investisseurs (proche du record de 58% enregistré le mois dernier), même si 40% des gestionnaires considèrent qu'une seconde vague d'inflation constitue le plus grand risque pour les marchés, contre 26% le mois précédent.
Une rotation historique vers les actions américaines
L'enquête met également en évidence une rotation marquée des allocations d'actifs au détriment des actions européennes et en faveur des marchés américains.
Un solde net de 4% des investisseurs se déclare désormais sous-pondéré sur les actions européennes par rapport aux marchés mondiaux, alors qu'un solde net de 35% se disait surpondéré au début du conflit avec l'Iran. A l'inverse, un solde net de 20% des répondants indique être surpondéré sur les actions américaines, contre un solde net de 22% qui se disait sous-pondéré avant le début de la guerre.
BofA souligne qu'il s'agit de l'une des rotations les plus "brutales" des actions européennes vers les actions américaines observées depuis le début de la collecte de ces données, en 1999.
Dans ce contexte, 51% des investisseurs anticipent une surperformance des actions américaines par rapport aux marchés européens au cours des douze prochains mois, contre 29% en avril.
L'optimisme s'essouffle mais ne sombre pas
En dépit de ce coup de froid, l'optimisme à l'égard de l'Europe n'a pas totalement disparu: un solde net de 23% des investisseurs voit encore un potentiel de hausse pour les actions européennes à court terme, une proportion qui passe à 58% sur un horizon de douze mois.
Au niveau sectoriel, les services collectifs (utilities) sont devenus les titres les plus fortement pondérés ce mois-ci, devant les valeurs technologiques et bancaires. A l'inverse, les média, l'automobile et les biens de consommation personnelle figurent parmi les secteurs les moins prisés des gestionnaires de fonds européens, conclut l'enquête.
Copyright (c) 2026 Zonebourse.com - All rights reserved.