Pour Jérôme Marie, managing director, private assets, Oddo BHF AM, "pendant longtemps, le private equity est resté l’apanage des investisseurs institutionnels capables d’assumer la contrainte de liquidité et l’horizon long terme de ces actifs. Cette exclusivité s’efface aujourd’hui sous l’effet combiné de la technologie, de la réglementation et de la demande des investisseurs, ouvrant l’accès à un public plus large".
Les plateformes digitales et la tokénisation réduisent les tickets d'entrée et simplifient les processus de conformité, permettant désormais aux particuliers d'investir dans des portefeuilles de capital-investissement diversifiés.
En parallèle, les évolutions réglementaires, comme ELTIF 2.0 en Europe ou l'élargissement du statut d'investisseur qualifié aux Etats-Unis, facilitent cet accès tout en renforçant la transparence. Les innovations en matière de distribution, via les réseaux de gestion de patrimoine et les partenariats avec les gérants, accélèrent encore ce mouvement.
Les bénéfices sont évidents. L'élargissement de la participation stimule la constitution du capital et l'innovation des entreprises non cotées et offre une meilleure diversification des portefeuilles aux investisseurs en quête de rendements non corrélés aux marchés cotés volatils. Cette démocratisation est également ancrée dans un changement sociétal plus large, celui de l'inclusion financière et de l'accès partagé à la croissance.
Pour autant, selon Jérôme Marie, "le private equity reste complexe et très peu liquide, et les risques qu'il présente requièrent à la fois éducation des investisseurs et vigilance réglementaire". "Des solutions au problème de liquidité émergent, comme les marchés secondaires dits "GP-led", les structures de fonds hybrides et les plateformes tokénisées, mais elles ne peuvent supprimer complètement et à long terme les risques inhérents aux actifs privés. Cette démocratisation doit ainsi se faire de manière responsable et disciplinée, en veillant à ne pas sacrifier la prudence au nom de l'accessibilité", détaille le managing director.
Face à la diversité des segments d'investissement sur les marchés privés, tels que le capital-investissement, le crédit privé, le capital-risque, les infrastructures ou encore les mandats globaux, le marché secondaire s'impose comme une porte d'entrée pertinente pour les investisseurs particuliers souhaitant faire leurs premiers pas dans cet univers.
"Initialement considéré comme un filet de sécurité par des vendeurs en quête de liquidité, ce segment est désormais l'un des piliers des marchés privés mondiaux, fondé sur des données, à même de rendre le capital plus flexible au sein de l'univers du private equity", observe Jérôme Marie.
Et les chiffres en témoignent : selon Jefferies, le marché secondaire mondial a atteint en 2024 un record historique d'environ 162 milliards de dollars, soit un bond de près de 45% en un an. Les transactions "LP-led" ont représenté quelque 87 MdsUSD, et celles " GP-led ", 75 Mds, soulignant le virage structurel vers une activité portée par les sponsors – une trajectoire qui paraît aujourd'hui inéluctable. L'année 2025 a permis au marché secondaire du private equity de marquer un nouveau record avec un volume de transactions supérieur à 220 MdsUSD.
Alors que les durées de vie des fonds sont plus longues, les taux sont élevés et l'activité d'introduction en bourse est en berne, l'essor du marché secondaire traduit désormais moins une phase de croissance qu'un véritable signe de maturité. Il apporte la liquidité et la flexibilité dont le private equity a de plus en plus besoin, tout en redéfinissant les standards d'accès et de transparence grâce au développement de plateformes digitales. En élargissant l'accès à une base d'investisseurs plus large, notamment les particuliers fortunés et le grand public, ces technologies participent pleinement à la démocratisation des marchés privés.