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Parrot, cure de jouvence dans les drones souverains

Publié le 19 mars 2026 à 11h05

  AOF

(Zonebourse.com) - Les investisseurs se passionnent à nouveau pour Parrot, qui profite de l'engouement pour la "guerre asymétrique" et l'utilisation de drones en combat. Hier, l'annonce de premières commandes de l'OTAN pour le mini-drone de l'entreprise a fait s'envoler le tire de 31% mercredi 18 mars, qui gagne +35,14% depuis le début de l'année malgré des prises de bénéfices -3,85% à 10EUR ce 19 mars. L'occasion de revenir sur cette entreprise qui a failli disparaître avant de se réinventer.

Commençons par un peu d'histoire. Parrot a été fondée en 1994 par Henri Seydoux. A l'époque, elle vend des kits mains libres Bluetooth pour l'automobile, avant de se diversifier dans l'électronique grand public (divertissement automobile, casques...). Durant la première décennie 2000, la société est une pionnière des drones grand public. A son apogée en 2015, Parrot réalise 326 MEUR de chiffre d'affaires, dont 182 MEUR dans les drones (vs 79,80 MEUR de chiffre d'affaires total en 2025). Mais l'entreprise est rattrapée brutalement par la concurrence chinoise, notamment DJI. Face à cette pression, Parrot opère un virage stratégique majeur en 2019 en abandonnant le marché grand public pour se recentrer sur les drones professionnels et militaires, avec une forte composante logicielle. Ce repositionnement, dicté par la géopolitique autant que par l'économie, fait aujourd'hui de Parrot un acteur européen de niche mais important dans l'écosystème des drones souverains.

Quels sont les marchés de Parrot ?

L'entreprise est spécialisée dans les micro-drones professionnels d'observation et de surveillance, avec les logiciels associés. L'offre s'adresse aux secteurs de la défense, de la sécurité, de l'inspection, de l'agriculture et de la cartographie. La société conçoit les équipements et propose une suite logicielle (Pix4D) permettant d'exploiter les images captées.

Le modèle économique repose sur deux piliers complémentaires. D'un côté, la vente de drones représente environ 60% du chiffre d'affaires, avec des produits vendus entre 4 000 et 20 000 euros selon leur sophistication, auxquels s'ajoutent des accessoires, services et modules. De l'autre, les logiciels (environ 40% des revenus), sur un modèle SaaS générant des revenus récurrents. Ce mix permet d'associer des ventes ponctuelles à forte valeur avec une base de revenus réguliers à forte marge.

D'où viennent les drones ?

Parrot n'a pas d'usine (fabless) et externalise la production. La principale caractéristique de sa chaîne d'approvisionnement est qu'elle exclut les fournisseurs chinois. Le matériel provient en majorité des Etats-Unis, mais aussi d'Europe et, dans une moindre mesure, du Japon, de Taïwan et de Corée du Sud. Ses fournisseurs les plus connus sont Qualcomm, Teledyne et STMicroelectronics. L'assemblage est réalisé dans des zones conformes aux exigences occidentales, en particulier aux Etats-Unis et en Corée du Sud. Ce sourcing contraignant est le prérequis pour l'éligibilité aux programmes de défense occidentaux.

Qui les achète ?

La clientèle, quant à elle, est majoritairement composée d'acteurs publics et institutionnels. Le groupe vend ses drones à des forces armées, des gouvernements et des industriels (BTP, agriculture, énergie). Selon Cantor Fitzgerald, qui a démarré le suivi du dossier fin février, les Etats-Unis représentaient environ 30% des revenus en 2024, devant l'Europe de l'Est (14%) et la France (14%). Les certifications du groupe lui permettant d'accéder et de remporter des appels d'offres auprès d'acteurs très réglementés, comme l'armée et le FBI aux Etats-Unis, les forces spéciales canadiennes ou les agences d'achat militaires en France, en Australie ou au Royaume-Uni. L'entreprise est par ailleurs agréée par l'OTAN, comme le montre le dernier contrat en date, celui qui a fait flamber le titre.

Un dossier parfait ?

Dans le contexte actuel où les drones démontrent chaque jour leur importance dans un conflit moderne, le positionnement de Parrot peut paraître idéal. C'est le cas, mais cela ne signifie pas que l'entreprise engrange des bénéfices. C'est même le contraire. Le dernier exercice positif de la société remonte à 2014. Depuis, elle a englouti 358 MEUR de trésorerie d'exploitation. Les choses s'améliorent au fur et à mesure, mais l'exercice 2024 s'est encore soldé sur une perte opérationnelle courante de 8 MEUR, face à un chiffre d'affaires de 78,1 MEUR. Cantor Fitzgerald, le seul analyste indépendant qui suit le dossier depuis peu, s'attend à ce que la perte opérationnelle soit réduite à 2 MEUR au terme de l'exercice 2027. Il faudrait donc encore patienter trois ans au moins pour que Parrot revienne à l'équilibre.

Dans ce contexte, la flambée des cours repose essentiellement sur la narration : la présence sur un secteur stratégique, à enjeu de souveraineté fort, avec un réel savoir-faire technique. Et des lendemains qui sourient à nouveau financièrement.

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