(AOF) - Heineken (-4,17% à 67,16 euros) accuse la plus forte baisse de l'AEX 25 ce lundi à Amsterdam. Le titre du brasseur néerlandais recule après l'annonce du futur départ de son CEO et président du directoire. Dolf van den Brink a annoncé au conseil de surveillance qu'il quittera ses fonctions le 31 mai 2026, après presque 6 années à la tête du groupe brassicole. Durant cette période, il a dirigé l'entreprise dans un contexte économique et politique turbulent (fermeture des bars pendant le Covid, conflit russo-ukrainien, inflation, flambées des coûts des matières premières...).
Travaillant pendant plus de 28 années au sein de Heineken, il a déclaré que "le bon moment est venu pour opérer un changement à la direction et transmettre ses responsabilités" alors que l'entreprise se prépare à une nouvelle phase de sa stratégie EverGreen 2030 (plan de transformation de Heineken, initialement lancée en 2021 et récemment prolongée lors d'une journée investisseurs fin 2025 qui doit mener le groupe à une croissance durable).
Le conseil de surveillance du géant néerlandais de la brasserie va désormais initier un processus de recherche pour désigner son successeur. Après son départ à la fin du mois de mai prochain, Dolf van den Brink restera disponible pour le groupe en tant que conseiller pour une période de 8 mois à compter du 1er juin prochain.
En réaction à cette annonce, Jefferies explique qu'il "n'anticipe pas de changement majeur de stratégie et que son successeur se concentrera sur une exécution disciplinée. "Nous estimons que le risque de nettoyage des comptes (kitchen sinking) par la nouvelle direction est faible ; le plus dur du travail stratégique a été accompli. C'est désormais le bon moment pour une transition de leadership afin de poursuivre la mise en œuvre de la stratégie. Le ratio cours/bénéfice (P/E) estimé pour 2026 est de 14x, contre 17x pour le secteur de la consommation de base (staples), avec un ratio VE/EBITDA de 9,2x", précise le bureau d'études.
Dans le détail, kitchen sinking est une pratique comptable où un nouveau dirigeant expose toutes les mauvaises nouvelles, dépréciations d'actifs ou pertes latentes dès son arrivée pour repartir sur une base saine (et imputer ces résultats négatifs à son prédécesseur).
Départ surprise
Après cette annonce, KBC Securities souligne qu'il apprécie toujours Heineken pour son potentiel de croissance organique des bénéfices, soutenu par les économies de coûts en cours, mais reconnait que l'évolution plus instable des volumes ces dernières années rend le dossier d'investissement un peu moins prévisible et donc moins attrayant. Cet analyste maintient sa recommandation à "Accumuler" et son objectif de cours de 85 EUR."
Pour ING, ce départ crée un effet de surprise et prend de court la gouvernance car le nom du remplaçant de Dolf van den Brink n'a pas été officialisé. "Le conseil de surveillance va maintenant lancer un processus de recherche pour nommer un successeur, signe que la décision de Dolf van den Brink était inattendue pour le conseil."
L'heureux élu à ce poste CEO aura pour mission de redresser la barre de la société et de réaliser une croissance plus robuste. En octobre dernier, la multinationale avait dévoilé des ventes décevantes au troisième trimestre 2025. Le chiffre d'affaires publié s'élève à 8,7 milliards d'euros, en baisse de 4% sur un an. La croissance dans les régions Afrique/Moyen-Orient et APAC (respectivement +14,9% et 5,6% en organique) ont contribué positivement, compensant en partie les performances des Amériques et de l'Europe (en repli respectivement de 5,5 et de 3,6%). Dans la région Amériques, l'activité a été pénalisée par les incertitudes commerciales. En Europe, elle a été affectée par un environnement de consommation faible et une reprise des volumes plus lente que prévu.
"La volatilité macroéconomique a persisté comme prévu et est devenue plus prononcée au troisième trimestre, créant un environnement difficile, ce qui a entraîné une performance mitigée. Nous nous attendons à ce que la confiance des consommateurs et la demande se rétablissent lorsque les conditions se normaliseront", avait commenté Dolf van den Brink, après la publication de ces résultats trimestriels.
Tenant compte de ce trimestre difficile, Heineken reste confiant dans la réalisation d'économies brutes de 500 MEUR pour 2025. Le groupe prévoit que sa croissance organique du bénéfice opérationnel (beia) sur cette période se situera vers le bas de sa fourchette de prévisions : 4-8%.
Concernant ses comptes de résultat d'ailleurs, Jefferies prévoit un quatrième trimestre en demi-teinte de Heineken, avec des volumes et des ventes en recul respectivement de 3,4% et 0,2%, ce qui porterait les chiffres de l'exercice 2025 à -2,5% pour les volumes, +0,9 % pour les ventes et +3,5 % pour l'EBIT. Pour le broker, "cela reflète les pressions persistantes en Europe et un ralentissement de la croissance en Asie".
Au-delà de l'exercice 2025, le broker anticipe une amélioration progressive des tendances, Heineken bénéficiant de bases de comparaison plus favorables, d'une reprise potentielle au Brésil et d'un rebond en Europe soutenu par une exécution solide et un positionnement premium.