(AOF) - Si les restrictions liées à la pandémie de la COVID-19 ont mis pendant un temps un coup d'arrêt à la recrudescence des mouvements sociaux, une nouvelle vague se profile désormais. La résurgence des contestations, principalement dans les pays émergents, devrait connaître un regain lié à la dégradation sans précédent des indicateurs socio-économiques. L'indicateur Coface de risque social et politique a ainsi atteint en 2020 un record de 51% au niveau mondial et de 55% dans les pays émergents.
Plus spécifiquement, jamais les pressions sociales au changement n'ont été aussi fortes[4]. En 2020, l'indice de pression sociale a atteint un niveau historique, passant de 46% à 54% au niveau mondial et, pour les seuls pays émergents, de 54% à 61%. Cette hausse s'explique par la dégradation sans précédent des indicateurs socio-économiques dans l'écrasante majorité des pays analysés.
En conséquence de la pandémie, les populations ont vu leurs niveaux de vie baisser, ce qui s'illustre par la chute du PIB par habitant, leur pouvoir d'achat se dégrader, comme en témoigne la hausse du chômage et de l'inflation, et les inégalités de revenu et de richesse se creuser.
À cela s'ajoutent, dans certains pays, un mécontentement grandissant face à la gestion de la crise sanitaire par les gouvernements et des restrictions des libertés civiles et politiques dans le contexte de crise parfois jugées abusives.
Ainsi, en 2020, 88% des pays émergents ont vu leur niveau de risque associé aux pressions sociales augmenter. Il a notamment augmenté au sein de grands émergents asiatiques, comme la Malaisie, l'Inde, la Thaïlande ou les Philippines, mais aussi de certains pays du Maghreb, comme l'Algérie ou la Tunisie.
Ces troubles sociaux auront des répercussions sur l'activité économique des pays émergents touchés, et notamment sur leur commerce extérieur. Coface estime qu'un mouvement social de masse a des effets négatifs particulièrement prononcés et permanents sur les exportations de biens du pays affecté. Elles sont ainsi en moyenne 4,2% inférieures à leur potentiel estimé pendant l'année où le mouvement social survient. Le choc sur les importations est, lui, plus faible et plus transitoire.
Les manifestations qui intègrent des revendications socio-économiques, et qui ont donc le plus de chance d'émerger après la pandémie, ont des effets plus durables et plus sévères. Trois ans après le choc, les exportations restent ainsi 20,7% inférieures à leur potentiel et les importations, 5,6%. De plus, la faible marge de manœuvre des politiques économiques dans les pays émergents pour limiter les effets de ces troubles sociaux sur le commerce pourrait amplifier ce phénomène.