(AOF) - La MNH a présenté la 10e édition de son Observatoire des hospitaliers, une étude réalisée avec CSA qui croise, à cette échelle, santé, conditions de travail, pouvoir d’achat et trajectoires de vie de 1,2 million de professionnels de la Fonction publique hospitalière. Selon les conclusions de cette étude, la santé des soignants s’impose aujourd’hui comme un enjeu central, puisque 58% d’entre eux la placent en tête de leurs préoccupations, loin devant les autres sujets du quotidien.
Même si la situation s'améliore, les hospitaliers apparaissent plus exposés que le reste de la population : 16% d'entre eux se déclarent en mauvaise santé, contre 13% des Français. Ces écarts s'expliquent par les conditions d'exercice : rythmes atypiques, travail de nuit, charges physique et émotionnelle. Concrètement, 57% jugent leur charge de travail excessive, et 64% déclarent rencontrer des troubles du sommeil (36% tous les jours ou presque).
Au-delà de la santé physique, 86% des professionnels de santé estiment que la santé mentale est déterminante pour bien exercer leur métier (+20 points par rapport aux Français). Cette fragilité se retrouve dans les indicateurs déclaratifs : 35% des soignants se disent en mauvaise santé mentale (vs 14%), et 45% déclarent ressentir du stress ou de l'anxiété liés au travail (vs 16%).
Cette prise de conscience s'accompagne d'une meilleure identification des leviers d'action : 55% des soignants citent l'amélioration des conditions de travail comme priorité, tandis que 34% expriment un besoin de réduction de la pression et de meilleure déconnexion.
Le signal est clair : les conditions d'exercice ont un impact direct sur leur état de santé, mais leurs risques spécifiques et leurs besoins sont désormais mieux identifiés.
Les autres points à retenir de cette étude sont les suivants :
- les soignantes, grandes oubliées de la prévention. Une soignante sur deux n'a jamais réalisé de dépistage du cancer du sein, contre une femme sur trois dans la population générale. 85% s'arrêtent pour raison de santé avant leur congé maternité.
- les jeunes soignants ne restent plus. Un infirmier sur deux a quitté l'hôpital au bout de dix ans de carrière. La durée moyenne en poste de la génération Z n'est que de 1,1 an.
- le stress des moins de 35 ans atteint des niveaux inédits. 91% des hospitaliers de moins de 35 ans déclarent être exposés au stress, à l'anxiété ou à la charge mentale — contre 50% des Français du même âge.
- le coût caché de la mauvaise santé des soignants. Le présentéisme en mauvaise santé peut coûter jusqu'à 8 fois plus que l'absentéisme simple. Les hospitaliers enregistrent en moyenne 12,9 jours d'absence par an pour raison de santé (15 jours pour les femmes, près de 20 pour les plus de 50 ans).
- les parents hospitaliers face à un défi structurel. 35% des professionnels de santé estiment que leur métier n'est pas compatible avec le fait d'être parent. 21% vivent en famille monoparentale, contre 7% dans la population générale. 36% des médecins déclarent avoir déjà reporté un projet d'enfant en raison de leur activité.
En outre, les professionnels expriment des attentes précises : 55% estiment que l'amélioration des conditions de travail est le principal levier pour préserver leur santé. Organisation, reconnaissance, et prévention sont autant de pistes concrètes qui dessinent des réponses plus structurées.
Au-delà de ces constats, l'Observatoire CSA-MNH 2026 révèle des évolutions profondes : nouvelles attentes des jeunes générations, féminisation massive des métiers, notamment médicaux, pouvoir d'achat... Autant de changements qui obligent les établissements à s'adapter pour rester attractifs et fidéliser leurs professionnels.
"Les professionnels de santé sont exposés à des risques spécifiques, physiques comme psychologiques, qui nécessitent des réponses adaptées. Aujourd'hui, ces réalités sont mieux identifiées : nos travaux permettent de structurer des actions de prévention plus ciblées et de mieux accompagner les soignants tout au long de leur parcours professionnel", a commenté Jean-Bernard Castet, directeur général adjoint affaires publiques et santé de la MNH.
Un questionnaire auto-administré a été diffusé en ligne du 19 novembre au 8 décembre 2025, auprès d'un échantillon représentatif de 1 132 professionnels de santé et d'un second échantillon représentatif de 1 009 Français, à titre comparatif.